Mes chers compatriotes,

Dans un contexte économique particulièrement difficile, après les événements de février pour dénoncer la vie chère et les difficultés des Martiniquais dans leur vie de tous les jours, les Présidents des Collectivités ont estimé que c’est avec le changement de statut de la Martinique qu’il fallait répondre à l’insatisfaction du peuple.

Ils nous proposent donc de quitter la garantie législative de l’article 73 qui nous donne les mêmes devoirs et les mêmes droits que tous les Français pour choisir la spécialité législative de l’article 74 qui, tout en nous faisant rester dans la République Française, nous rend plus autonomes mais en renonçant à la solidarité nationale automatique telle que nous l’avons aujourd’hui dans bien des domaines.

Ainsi, nous gardons les acquis sociaux, mais ils ne progresseront plus systématiquement et nous ne bénéficierons plus des augmentations de la protection sociale que connaîtront par exemple les Guadeloupéens qui n’ont pas choisi l’évolution statutaire.

De plus, les compétences que nous demanderons auront des financements mais ceux-ci seront déterminés non pas par les élus locaux mais par l’Etat qui donnera les budgets qu’il estime nécessaire à la réalisation des projets envisagés.

Or l’Etat, en situation de crise financière n’est plus disposé à dépenser sans compter pour l’outre-mer : on le voit avec la Réunion qui n’a pas obtenu le financement qu’elle réclamait pour le tram-train, alors que la Réunion est dans l’article 73.

Déjà les élus ne cessent de nous affirmer que l’Etat n’est pas en mesure de tenir ses engagement financiers alors qu’ils nous sont dus ; qu’est-ce que cela sera quand ils ne seront plus obligés de nous verser les budgets dont nous avons besoin ? Qui pourra les contraindre ?

Marie-Jeanne et Lise peuvent-ils nous affirmer qu’ils auront satisfaction alors que l’ont voit déjà qu’ils n’ont rien demandé à l’Etat pour régler nos difficultés.

Pourtant cela était possible dans l’article 73 puisque le Président de la République vient d’adopter 137 mesures en faveur de l’Outre-mer.

Peuvent-ils nous affirmer que le niveau de vie des Martiniquais restera le même : tous les jours, nous constatons que la grève de février n’a pas amélioré notre quotidien, mais qu’elle a rendu les choses plus difficiles.

Nos impôts locaux ont augmenté et nous savons que la disparition de la taxe professionnelle en 2010 puis celle de l’octroi de mer les feront encore augmenter car notre pays n’a aucune politique de développement économique.

La fin de l’année 2009 est amère pour beaucoup d’entre nous et les fêtes de Noël s’annoncent tristes et douloureuses. Allons-nous augmenter nos incertitudes et nos angoisses en nous dirigeant vers un avenir que nul ne peut présager ?

Avons-nous véritablement besoin, maintenant, d’engager à l’aveuglette l’avenir de nos enfants et des jeunes générations qui ont déjà tant de difficultés à affronter ?

La Responsabilité locale, la valorisation de notre histoire, de notre langue et de notre patrimoine ne se construisent pas contre la République dont les valeurs de Liberté, d’Egalité et de Fraternité sont aussi les nôtres.

Nous n’avons rien contre la France, mais nous nous opposons au racisme, à la discrimination, aux inégalités de toutes sortes, au favoritisme, au clientélisme ; et ce sont des souffrances qui nous sont AUSSI imposées à l’intérieur même de notre pays.

C’est pourquoi ce n’est pas l’article 74 qui règlera nos difficultés mais la volonté de dépasser nos différences politiques, de retrousser, ensemble, nos manches et de travailler pour mettre notre pays sur la voie du développement, de l’apaisement et de la réussite.

Personnellement, je voterai NON à l’article 74 parce que j’estime que cet article ne convient pas à notre pays dont l’économie est fragile et insuffisamment développée.

Je voterai NON à l’article 74 parce que je suis convaincue que les Présidents des collectivités nous feraient passer, sans nous consulter, d’un 74 proche du 73, comme ils le présentent aujourd’hui, à un 74 proche de la Polynésie, car, et ils ne l’ont jamais caché, leur but c’est l’indépendance.

Je voterai NON à l’article 74 parce que ma Nationalité française ne s’est jamais opposée à mon Identité martiniquaise.

Mes chers amis, je vous souhaite de joyeuses fêtes dans la joie et l’espérance de commencer bientôt une nouvelle page de l’histoire de la Martinique.

Chantal MAIGNAN