Après plusieurs jours d’observation de ce qui se passait en Guadeloupe, les Martiniquais se sont enfin mobilisés pour réclamer à leur tour plus de justice dans l’organisation de leur vie quotidienne, en tant que consommateurs certes, mais aussi en tant que citoyens et en tant qu’humains relevant d’une civilisation qui n’est pas que marchande.

Si les syndicats sont les catalyseurs d’un soulèvement populaire, parce que c’est seulement quand l’économie est menacée que les instances dirigeantes - Etat, collectivités locales, Représentants de l’économie – se mettent enfin à l’écoute des revendications des populations, ils sont aussi les acteurs d’une mission plus vaste et plus noble : participer activement à l’élaboration d’une société plus équilibrée, préalable à la paix sociale.

C’est la première fois que les syndicats antillais cherchent à jouer pleinement ce rôle montrant ainsi l’évolution d’une pensée qui a mûri et qui désormais prend en compte la préservation de l’entreprise porteuse d’emplois, tout en demandant aux grands patrons que désormais une certaine éthique, une morale sociale, vienne anoblir le capitalisme d’entrepreneurs.

Et c’est pourquoi il convient que les partenaires qui entrent dans le dialogue avec les syndicats porteurs de la parole populaire soient attentifs à cette évolution et surtout au sens de cette grève, véritable « révolution » marquant une rupture dans la constitution des rapports sociaux à la Martinique.

Car il ne faut pas traiter cette grève comme une simple revendication salariale, ni comme la demande absurde d’une augmentation démesurée et inapplicable, et encore moins comme un bras de fer entre ceux qui veulent beaucoup et ceux qui ne veulent rien lâcher dans la négociation.

Ce serait là une faute regrettable !

Pourtant à la préfecture sont convoqués les acteurs principaux : parlementaires et leurs collaborateurs-assistants, Présidents des collectivités locales, Président de l’association des maires, services de l’Etat, socio-professionnels, syndicats.

Exclus les représentants des partis politiques, les universitaires analystes de l’économie ou des sciences humaines, les présidents des associations caritatives.

Le Medef exige un entre-soi où le dialogue ne sera que celui du marchandage économique appelé aujourd’hui négociation !

Aucun observateur extérieur : pourtant à cette crise sociale il faudra bien apporter des réponses pragmatiques car après les efforts consentis de toutes les parties concernées (Etat, Collectivités régionale et départementale, Socio-professionnels) la société martiniquaise devra apprendre à s’affranchir de l’esclavage de la société de consommation, dans le même temps qu’elle devra apprendre à exercer son droit légitime à entreprendre et à réussir le développement de son pays dans la nécessaire solidarité entre toutes les classes sociales.

En réalité, la Martinique est aujourd’hui devant son ultime vérité : porter la mythologie fondatrice du 22 mai à son entière réalisation en réclamant l’application pleine et entière du décret de l’abolition de 1848 et de l’avènement de la République, car il n’y a pas pire servitude que le fatalisme et la peur.

Sans aucun doute, le temps est venu de dire non à toute forme d’arrogance et de posture de domination pour que, dans le respect réciproque, tous les Martiniquais contribuent à l’émergence de la société du XXIe siècle.

Mais les élus d’aujourd’hui se souviennent-ils encore des valeurs qui les portaient hier ?

Lorsque le Medef et le Patron de la Région et du MIM se donnent la main, est-ce pour construire ensemble avec tous les Martiniquais, ou pour exclure celles et ceux qui, n’acceptant pas que l’intérêt supérieur de la Martinique soit relégué à l’arrière-plan des négociations, veulent être de vivants témoins de la prise en compte du malaise social dans toutes ses significations : pauvreté matérielle, misère morale, volonté chancelante, solitude, détresse et peur de l’avenir ?

Mais le traitement de cette crise nous apprendra comment les Elus, Serviteurs du peuple, qui veulent nous mener sur la voie du 74, les Martiniquais détenteurs de la puissance financière et des leviers de l’économie, le Représentant de l’Etat investi des pouvoirs et des devoirs de la République auront entendu l’appel vibrant de peuples qui cherchent encore à expérimenter la liberté républicaine.