Les élus Martiniquais s'intéressent-ils à la politique ?
Par Chantal Maignan le samedi, janvier 31 2009, 21:01 - Lien permanent
Aujourd'hui, l'Union des femmes a appelé à une mobilisation et à une prise de conscience : les violences faites aux femmes sont de plus en plus meurtrières et notre société ne peut et ne doit rester muette ou inactive.
Sous un soleil de plomb, devant la cathédrale de Fort-de-France, la voix somptueuse de Jocelyne Béroard déchire le coeur et les entrailles : toutes les femmes présentes revivent le calvaire de celle qui tombe dans un abîme de souffrance et d'incompréhension. Les yeux se voilent de larmes derrières les lunettes sombres.
Un prédicateur fou appelle à la repentance, oubliant que le texte sacré invite l'homme à régler ses problèmes d'homme avant de venir s'asseoir au banquet du Seigneur.
Le cortège s'ébranle, mené par le visage de chacune des martyres. Derrière la banderole qui parle pour celles qui se sont tues, plus de 1000 femmes défilent en silence ; quelques hommes marchent à leur côté. Une député européenne de gauche, une responsable d'un parti politique de droite viennent par leur présence affirmer publiquement leur engagement dans cette cause qu'il est plus qu'urgent de prendre en compte.
Aucun homme politique. Aucun élu. Aucun Président de collectivité pourtant en charge de la construction de notre société !
C'est dire leur intéret pour la politique !!!
Non pas la politique politicienne qui exige toujours plus de pouvoir et de domination, mais celle, plus humble et plus noble, qui est de construire une société structurée, où les améliorations matérielles vont de pair avec les progrès sociaux.
Les violences faites aux femmes traduisent un malaise qui impliquent les hommes et les femmes ; une relation détruite depuis le code noir ; un différent vieux comme la double injustice faite aux femmes de notre pays : d'être noire et d'être femme !
Il n'appartient pas seulement aux écrivains de rappeler cette histoire, il est impératif que les hommes politiques, qui disposent des moyens d'agir, se mettent enfin à faire ce pour quoi ils ont été élus : construire une société plus juste et plus fraternelle.
Et pour y arriver, ce n'est pas en demandant sempiternellement le passage à l'article 74, illusoire baguette magique qui devrait résoudre toutes nos difficultés, mais en prenant à bras le corps les problèmes qui nous assaillent, en tant qu'humains issus d'une histoire singulière, et en leur apportant des réponses concrètes avec, en ligne de mire, la farouche volonté de la réussite.
Aussi quand j'apprends que les collectivités locales ne donnent plus de subvention à l'Union des femmes de la Martinique et qu'elles devront bientôt mettre la clef sous le paillasson, je me demande si nous devons encore faire confiance à ces deux présidents de nos collectivités qui ont cessé d'aimer le pays Martinique et ont choisi de laisser se dégrader la relation entre les hommes et les femmes plutôt que d'en faire une priorité ; car aucune communauté ne se constitue sans une cellule familiale soudée et prospère.
L'effondrement des valeurs morales, la montée de la délinquance, la solitude grandissante des personnes âgées, l'indifférence face au handicap, relèvent précisément de la crise sociale liée à l'éclatement des familles.
Si nous ne voulons pas sauvegarder ce qui constitue notre identité collective, la légendaire fraternité familiale antillaise, alors cessons de nous prétendre différents des autres peuples et regardons ce que nous sommes en train de devenir : des individualistes forcenés indifférents aux autres : Zafè tchou mèl ki pwran plom !