La bonne gestion de la Région Martinique : une ancienne utopie !
Par Chantal Maignan le mercredi, octobre 29 2008, 23:16 - Lien permanent
Alfred Marie-Jeanne a toujours mis en avant l’excellente qualité de sa gestion au Conseil régional, se faisant même distinguer pour le bel équilibre financier de son institution. Pourtant, l’analyse d’une telle pratique aboutissait déjà, à la fin de sa première mandature à un jugement paradoxal : gestion de bon père de famille mais qui ne correspond en rien à la gestion d’un Conseil régional.
Certains l’accusaient en effet de manquer d’audace, de créativité, de vision économique …
Bref, jusque dans son propre parti, ils trouvaient que le Président de Région et patron du MIM, patriote fervent, ne se dirigeait pas vers la sortie de la dépendance d’une société essentiellement organisée sur la consommation.
Ils lui reprochaient donc de ne pas mettre en étroite correspondance l’idéal indépendantiste et la recherche de la responsabilité locale : l’efficacité économique permettant en effet la réalisation de l’auto-suffisance des Martiniquais.
Mais le président de la Région a toujours refusé, et parfois avec une extrême violence, de rendre compte de son action, de présenter son bilan et de justifier sa politique. Les Martiniquais se rappellent sa réaction disproportionnée, véhiculée dans tous les foyers par le biais de la télévision, à la simple demande d’information d’une conseillère régionale… il est vrai du PPM !
Et si l’on s’intéresse de près à la gestion de la Région sur la dernière mandature, depuis 2004, on comprend pourquoi le secret est imposé car, de l’équilibre aux dérives en matière de gestion, de la pratique des compétences régionales à l’organisation étonnante d’un système de distribution, les choses ont bien changé en 4 ans.
En effet, l’analyse des chiffres dévoile une réalité bien différente du discours impérial et paternaliste du chef de région, et qui est davantage destiné à rassurer (ou à « endormir ») la population qu’à soumettre aux administrés les arguments et les modalités d’une gestion pragmatique, intelligente et efficace.
Ces chiffres, et les comparaisons qui seront faites avec les autres régions d’outre-mer, correspondent à l’évolution de 2004 à 2007 et au budget de 2007.
Premier constat : la Région privilégie le fonctionnement à l’investissement.
Ainsi, lorsque la moyenne des Régions d’outre-mer dépense 519 €/habitant en dépenses d’investissement, la Région Martinique ne dépense que 357 €/h. En fonctionnement, lorsque les autres régions dépensent 336 €, la Région Martinique dépense 412 €.
Analysé sur les 4 dernières années, l’investissement n’a progressé que de 13 millions d’euro alors que le fonctionnement a augmenté de 32 millions d’euro.
L’examen des charges de fonctionnement révèle que ce ne sont pas celles du personnel qui interpellent car en effet, exprimées en euro par habitant, les sommes dépensées (43 €) sont légèrement inférieures à celles des autres Régions.
En revanche, il est étonnant de constater que les achats sont un des postes les plus significatifs par leur montant (73€ /h contre 45€ en moyenne dans les autres régions d’outre-mer) ainsi que leur évolution puisque le chiffre a triplé en 4 ans et en particulier en 2007, passant de 24 millions d’euro en 2006 à 29 millions d’euro en 2007.
Faut-il y voir la traduction financière de la préparation des élections ?
De plus, en fonctionnement, les subventions sont très inférieures à celles accordées par les autres Régions : 80 €/h en Martinique contre 105 €/h dans les autres régions, même si dans les cinq dernières années ce chiffre a doublé.
Autre curiosité du budget de fonctionnement : quand les aides à la personne sont de 45€ pour les autres Régions, elles sont en Martinique de 53 € et ce chiffre a pratiquement doublé entre 2006 et 2007, passant de 13 millions d’euros à 21 millions d’euros.
Faut-il y voir là encore une préparation des campagnes électorales ?
Et qu’il ne me soit pas opposé que l’Etat ne manifeste pas son soutien à la Martinique car quand il donne 52€ par habitant aux autres régions d’outre-mer, il octroie 71€ par habitant à la Martinique.
Intéressons-nous maintenant au détail de l’investissement.
L’étonnement est encore de mise : la Région s’abstient systématiquement d’emprunter alors que les autres régions d’outre-mer ont une politique beaucoup plus dynamique et n’hésitent pas à recourir à l’emprunt pour développer leurs départements.
Le président de la Région Martinique aurait-il peur de construire le pays, d’améliorer les infrastructures, d’aider les jeunes à investir le monde de l’économie, de soutenir les entreprises ? Ou cela est-il en désaccord avec ses convictions idéologiques de gauche et menacerait-il son projet d’indépendance ?
Autre constat, le président de la Région préfère donner des subventions d’investissement, 145 € par habitant contre 125 € pour les autres régions d’outre-mer, plutôt que d’investir lui-même, par ses propres services, ce qui relève pourtant de sa compétence : on note en effet un écart conséquent entre les régions : 207 € d’investissement par habitant à la Martinique contre 331 €.
Autre curiosité, les subventions d’investissement ont fait un vrai bond en 2007 par rapport à 2006, passant de 51 millions à 58 millions d’euros.
Faut-il y voir, une fois encore, une préparation des campagnes électorales ?
En résumé, l’excédent de fonctionnement est très inférieur à ce qu’il est dans les autres Régions d’outre-mer, de même que le fonds de roulement : (100 € contre 146 €), qui a augmenté de 11 € /h dans les autres régions alors qu’il a diminué de 35 €/h en Martinique et que la trésorerie nette en fin d’exercice s’est très fortement dégradée passant de 50 millions à 35 millions d’euro couvrant à peine un mois de dépenses de fonctionnement et d’investissement et ne représentant que 90 € par habitant contre 128 € /h dans les autres régions d’outre-mer.
Le Président de la Région a remboursé les emprunts et n’a plus contracté de dettes mais il laisse un pays en mal de développement économique dans une crise financière terrifiante pour les entreprises, les familles et les chômeurs.
Que va-t-il dire aux chefs d’entreprises et aux porteurs de projets qui attendent désespérément d’être reçus, écoutés et entendus, et non plus renvoyés avec des paroles faussement réconfortantes ?
Comment va-t-il répondre aux près de 32 000 RMIstes, futurs allocataires du Revenu de Solidarité Active, prêts à travailler dur alors que la politique régionale n’est aucunement celle de faire connaître le contenu du SMDE (Schéma martiniquais de redéveloppement économique) et encore moins de présenter le calendrier de sa mise en œuvre et les moyens financiers qui lui seront alloués ?
Et il faudrait encore demander aux Martiniquais de lui confier les rênes d’une Collectivité unique ?