Devant 2000 militants (nous dit-on), Alfred Marie-Jeanne a fait jouer son charisme et son opportunisme sans se soucier de vérité politique, à moins que les journalistes présents aient tous été sourds à l’ensemble de l’argumentation du puissant leader du MIM sur la question de la prochaine suppression des départements.

Car la réforme des collectivités qui n’est rien d’autre qu’une simplification du « mille feuilles » institutionnel sur l’ensemble du territoire français ; Elle n’a donc rien à voir avec une évolution statutaire pour la Martinique.

La nouvelle collectivité qui permettra d’éviter les doublons actuels entre la Région et le Département et même entre l’Etat et le Département ne relève en rien de l’Assemblée unique dont rêve Alfred Marie-Jeanne, et qui serait un premier pas vers l’indépendance dont il est l’ardent patriote depuis plus de quarante ans.

Or personne ne peut croire que le député du sud ignore que cette réforme ne donnera pas de pouvoir supplémentaire à la Martinique qui n’utilise même pas ceux dont elle dispose déjà.

Dès lors, pourquoi présenter ainsi les choses aux électeurs dans un contexte économique particulièrement difficile pour les Martiniquais ?

Nul n’ignore que lorsque les finances sont rares, les administrés retrouvent l’intérêt d’être Français et de bénéficier des facilités d’un système social particulièrement avantageux tout comme les élus mesurent celui de pouvoir profiter, pour développer leur ville et améliorer la situation de leurs administrés, de la solidarité nationale et européenne ; comme en témoignent récemment les événements liés à l’ouragan Omar.

Alfred Marie-Jeanne, en dépit de l’enthousiasme de ses militants fascinés par la force et l’enthousiasme du vieux chef, ne fait rien d’autre que de refroidir l’ardeur des électeurs à voter de nouveau pour un parti ou une alliance indépendantiste qui n’a pas su, malgré deux mandats d’une gestion équilibrée mais sans panache, placer la Martinique sur les rails d’un développement économique révolutionnaire.

Le pays a continué de fonctionner selon un principe traditionnel, celui d’une économie de marché basée essentiellement sur la consommation, tandis que les porteurs de projets novateurs étaient régulièrement découragés. Les facultés universitaires de la Martinique se meurent progressivement tandis que celles de la Guadeloupe se développent avec insolence au détriment de notre département.

Les jeunes diplômés expatrient leurs savoirs et leurs savoir-faire faute d’encadrement et de soutien. La culture et l’artisanat n’ont jamais été au centre des préoccupations d’une région pourtant ardemment désireuse de renforcer l’identité martiniquaise.

Et le sport n’en est resté qu’à l’état embryonnaire malgré les efforts courageux et désintéressés des présidents de ligues.

Alors, repartir sur les mêmes bases avec un patron déclinant, des lieutenants effacés, des stratèges sans imagination, est un défi que les Martiniquais devront affronter en toute lucidité.

C’est pourquoi le mode de scrutin pour désigner les futurs élus de cette nouvelle collectivité devient finalement le point le plus sensible de cette réforme.

Le pays ne peut plus se payer le luxe de l’immobilisme quand la pauvreté et la délinquance prospèrent et que les terres partent aux plus offrants.

Mais, et c’est le vieux lion qui avait dit lui-même : un parti naît, croît et meurt ; comme un homme.

A l’aube d’une guerre de succession sans merci, sans doute est-il sage pour préserver intact le prestige d’un homme et de son mouvement ayant légitimement marqué l’histoire martiniquaise, de ne laisser aucun héritage à ceux qui doivent, à leur tour, construire d’une pensée nouvelle et de mains laborieuses, les idéaux et les structures d’un pays encore en recherche de développement sur bien des plans.

Telle sera sans doute la décision du Che !