J'ai reçu cette lettre signée de sept citoyens français du Robert, Martinique, à l'audience publique du 25 septembre 2008, au Tribunal administratif de Fort-de-France, audience relative au Recours contre la liste d'Alfred Monthieux, demandant l'annulation des élections municipales.

Il m'a été demandé de la rendre publique, comme cela a également demandé à France-Antilles et à Antilla.

La fraude : une spécificité martiniquaise ?

Serions-nous, nous les Martiniquais, les sous-citoyens d'une république bananière dont la devise serait "Débrouya pa péché" ? C'est ce que nous laisse à penser les paroles d'un Commissaire du Gouvernement dans l'exercice de ses fonctions.

Jeudi 25 septembre 2008, lors de l'audience publique du recours électoral de Chantal MAIGNAN contre Alfred MONTHIEUX, relatif aux élections du Robert, ce fonctionnaire, chargé de présenter les conclusions des analyses des mémoires des deux parties, demande à la cour de faire preuve de réalisme.

__Les anomalies et les irrégularités sont l'usage sous nos latitudes. Par conséquent, le tribunal n'en tiendra pas compte.

Pour le commissaire du gouvernement, ces pratiques existent également dans d'autres DOM, et pour étayer son propos, il cite le cas de jurisprudences concernant l'Outre-mer.__

Nous étions un petit groupe de sept citoyens du Robert, présents à cette audience. Nous étions abasourdis ! Et soudain honteux d'être des Martiniquais face à un Président du Tribunal fraîchement arrivé dans notre département. Et comment ne pas l'être quand celui qui nous dénigrait est un des nôtres, un Martiniquais représentant l'Etat !

Est-ce là le respect que nous méritons ? La loi n'est-elle pas la même pour tous les citoyens ?

La justice n'est-elle pas rendue de la même façon dans tous les départements français ?

Quel exemple pour notre jeunesse ! Elle peut apprendre ici que la fraude est une spécificité de l'île et qu'elle est sans conséquence.

NON ! Monsieur le Commissaire du gouvernement, nous refusons une telle spécificité et si les dérives existent, nous refusons de les accepter.

Et que dire des journalistes de RFO et de France-Antilles, présents à l'audience ! Connaissant leur plume et leur verbe plutôt incisifs, nous nous attendions à des réactions indignées !

Mais rien ! Pas un mot ! Aujourd’hui encore nous attendons : rien sur les ondes; rien dans le quotidien : silence complet !

Le sujet serait-il si banal qu'il est digne d'être superbement ignoré ?

En aurait-il été de même si ce Commissaire du gouvernement avait été un blanc bon teint ?

Un métropolitain ?

Quant à nous, Martiniquais et citoyens français à part entière, nous ne nous ferons pas les complices de ce silence.

Nous dénonçons haut et fort ces propos indignes d'un représentant de l'Etat qui insulte l'intégrité des Martiniquais.

Et il faut que les Martiniquais sachent que de tels propos ont été tenus, nous en sommes témoins.

Pour les sept citoyens du Robert présents à l'audience

Michel PEREAU