Aujourd'hui, dit l'Afrique, le lion est mort.

Aujourd'hui, dit le monde, l'homme s'est couché dans une éternité de bronze.

Aujourd'hui, je le dis, Césaire est vivant, plus que jamais vivant !

Enfin, les portes de la connaissances, closes depuis un demi-siècle sur une tempête fondatrice : l'émergence d'une voix et l'avènement d'une conscience nègre, vont s'ouvrir et déverser inlassablement l'histoire d'une dignité nègre imposant à la colonisation la contemplation de son hideux reflet.

Enfin, le peuple accèdera au politique parce que peuple accèdera au poétique !

Une frappe verbale puissante, un souffle de forge : Césaire est en dialogue, brut et sans concession, avec une France défigurée par son erreur coloniale, malade de son incapacité à repenser la relation à l'Autre, dans la respect et la parité.

Césaire, laminaire, ne décroche jamais du Roc de la Civilisation qui dépasse toute inscription réductrice dans la linéarité historique, pour envisager le temps de la rencontre des peuples et des cultures.

Car la Civilisation est une utopie qui se construit inlassablement de notre volonté à nous dépasser, mais c'est la seule utopie qui justifie l'existence humaine.

Les hommes au pouvoir dans notre pays ont-ils inlassablement cherché à élever le peuple en lui donnant, toujours plus, les moyens de construire sa liberté ?

Je dis NON !

Et c'est en cela que je parle de trahison de la Négritude :

Cette incroyable lâcheté devant la médiocrité de la formation du peuple peu à peu rongé par l'ignorance, l'apathie, l'impuissance !

Cette incroyable lâcheté devant l'aliénation nouvelle à travers l'ignominie de la diffusion médiatique massive d'une sous-culture, la montrueuse métamorphose de la générosité en clientélisme politique, la transformation de la dignité légendaire en bassesse vorace et sans-scrupules.

La mort de Césaire est le signal de l'utopie refondatrice : où nous acceptons de regarder le réel et de travailler à la transformation radicale de nos pratiques, où nous nous replongeons dans l'impuissance et l'intarissable litanie de regrets stériles sur nos possibilités jamais éprouvées.