La réunion plénière du 18 Décembre 2007 : Stratégie d’union politique inédite ou volonté de développement économique ?
Par Chantal Maignan le jeudi, décembre 20 2007, 18:05 - General - Lien permanent
Une fois passées les passions, les manifestations d’aigreurs ou les congratulations d’usage, dépassées les dénonciations argumentées ou le plébiscite optimiste, il convient encore de s’interroger sur le véritable enjeu de la plénière du 18 décembre 2007.
Il est récurrent que les pouvoirs en place dénoncent l’enchevêtrement des compétences, rendant la capacité à agir pour la Martinique, difficile à optimaliser : toute organisation étant l’objet de profondes réflexions dévoreuses de temps et d’énergie. La question des transports à la Martinique laissant perplexes, par exemple, ceux qui se demandent si là le temps n’est décidément pas l’allié objectif de la société de consommation.
Mais en matière de développement économique, il apparaît que les compétences sont clairement définies : c’est la Région qui a la charge de la mise en place des outils propres à la croissance de la Martinique. La Région arrête avec l’Europe et l’Etat, dans le cadre du document unique européen (DOCUP), contrat passé avec l’Europe, les axes prioritaire de son intervention.
Par ailleurs, la Région contracte avec l’Etat un plan de développement appelé Contrat Etat-Région qui définit de part et d’autre les outils à mettre en place pour le développement de l’économie et des infrastructures.
Enfin, la Région arrête, par ses délibérations, un schéma de développement régional (SDR) qui définit la politique qu’elle entend mener pour accompagner le développement économique de son territoire. Le Budget de la Région traduit ces engagements politiques entre l’Europe, l’Etat et la Région. Ces engagements couvrent une période de cinq ans.
Une fois ceci rappelé, il est légitime de se demander ce que vient ici faire le Conseil général ?
Est-il hors du champ de ses prérogatives ? Oui ! Pourtant, ce n’est pas la tâche qui manque aux conseillers généraux dans le cadre de leurs propres compétences.
La Région a-t-elle dénoncé un abus de pouvoir ? Non ! Elle organise même une plénière qu’elle n’a cru devoir organiser pour régler la question des transports.
Faut-il penser que la Région avait commandé à l’assemblée départementale une prestation de service sur le développement économique ?
Faut-il croire que la Région n’avait pas suffisamment de compétences intellectuelles en matière de développement économique pour mener à bien sa mission en collaboration étroite et fructueuse avec le monde de l’entreprise et les porteurs de projets ?
Non bien entendu ! Alors que vient faire ici le Département ? Sinon de montrer à la population martiniquaise l’incroyable soumission du département à la majorité indépendantiste de la Région et l’union sacrée entre leurs présidents.
Acceptons de croire que ce rapprochement annoncé depuis la rupture, interne et fondatrice, du PPM sert au moins les intérêts des Martiniquais et observons le projet nouveau-né de la fusion de l’agenda 21 et du SMDR.
Déjà, le processus d’élaboration de l’Agenda 21 laisse perplexe : comment le département a-t-il pu l’élaborer dans le cadre du contrat Europe-Etat ? Ou alors n’est ce qu’une redite du travail de la Région ? Ou un arrangement entre les deux collectivités pour trouver un sens à une complémentarité inventée ?
Autre source d’étonnement : les dates ! En Martinique, le projet de construire le pays est projeté dans un lointain futur et sur 25 ans, comme si les auteurs de ce projet n’ont pas la volonté de mesurer régulièrement les effets de leurs choix et d’en rendre compte. Comme si le développement de la Martinique ne se pense pas au présent pour les générations de jeunes qui attendent d’entrer dans la vie active, de fonder maintenant une famille, de participer à présent à la construction matérielle, sociale et morale de leur pays.
Que dire du manque de communication envers la population, toute la population, comme si le développement de ce pays se fera sans elle, ou malgré elle! Qui connaît le contenu de l’Agenda 21 et du SMDR à part les initiés qui auront pris la peine de lire les 250 pages (!) du volumineux rapport issu de cette « sérieuse » réflexion des élus ?
Alors que les autres départements d’outre-mer investissement résolument les champs de développement économiques qu’ils ont choisi depuis belle lurette en utilisant sans états d’âmes les outils fiscaux mis à leurs dispositions, les Elus martiniquais choisissent de se replonger avec délice dans leur exercice favori : la réflexion.
Réfléchissons à l’intérêt d’une zone franche globale. Réfléchissons à l’intérêt de la conquête du marché international, réfléchissons à l’intérêt de maîtriser l’économie liée aux technologies de pointe, réfléchissons …
Et quand notre jeunesse, lasse de nos sempiternelles réflexions, aura accumulé, dans l’exil et le courage, les compétences nécessaires à la conduite de notre pays, nous leur dirons avec mépris qu’ils ne sont plus chez eux, que personne ne les connaît, et qu’ils ne sont devenus qu’une terre rapportée !
J’ai vu des jeunes de ce pays faire antichambre dans les couloirs des Assemblées avec leurs projets sous le bras sans que personne ne trouve intérêt à les écouter. J’ai entendu rire de celui-là qui parlait couramment chinois et qui croyait pouvoir apporter à son pays une autre façon de penser l’économie… Boug ta-là fou ! J’ai entendu dire qu’un autre était « débile » parce qu’il voulait imaginer qu’en Martinique aussi, on pouvait embrasser la modernité et se développer sans béquilles et sans sébile !
Mais qui prétend vouloir sortir des frontières historiques et imaginaires de l’habitation et de la délectation sans cesse renouvelée des discours victimaires et des paroles inutiles ?