Paradis exotique

J’ai parsemé d’étoiles le sol aride et dur

Et j’ai gonflé ma voile à la surface des eaux pures

Apprivoisant dans la sueur cette paume de terre, ces lèches de mangroves

Avoisinant dans la terreur ces bêtes longues aux crocs d’agonies fauves

J’ai lancé des pluies pourpres en pâture aux féroces

Et pactisé avec les anathèmes atroces

Civilisant dans la patience le cœur des maîtres d’arrogance

Humanisant dans le silence l’étincelle flageolante de l’espérance

Toujours, les yeux levés vers de lumineuses présences

J’ai nourri mon corps souffrant de merveilleuses assurances

Supportant dans l’humilité l’injure des damnations et le feu des morsures

Traversant dans l’ingénuité la traîtrise infamante de flagellations et d’obscures blessures

J’ai marché vers l’arborescence des fougères et les grands bois

Et, pénétré au sein du temple où règnent d’autres lois

Mâchant lentement les feuilles vivantes de mondes parallèles

Allant sûrement au crépuscule des histoires humaines devenues soudain dérisoires et frêles

Et j’ai vu,

Oh oui j’ai vu

L’île qui voguait sous des soleils heureux

Une liberté neuve gonflant au vent les chevelures des flèches et des palmes.

L’océan ne roulait plus de vagues assassines et pactisait avec la mer hantée de Caraïbes

Pour tracer une voie vers un pays perdu pour la mémoire des hommes

Il n’y avait plus, sur les corps éthérés, la flamboyance dévoyée des couleurs de la peau

Mais l’humidité moite des émotions perlées et le sel des larmes d’abondance.

Chantal MAIGNAN