A toutes les femmes, à toutes nos mères ...
Par Chantal Maignan le vendredi, mars 9 2007, 06:29 - General - Lien permanent
Pour que jamais nous ne choisissions la misère et le désespoir, l'impossible dialogue et le crépuscule sur nos coeurs...
Mais que nos choix politiques tendent vers l'idée de progrès social et d'évolution personnelle, tant sur le plan de la réalisation de soi que dans la sphère affective, pour notre Martinique qui a tellement soif de paix et de bonheur !
Insulaire
A toutes nos Mères
La glaise s’était effondrée en avalasse de pourpre et de carmin
Et avec elle une vie pétrie de souvenirs encagés dans cette masse de béton brute.
La maison emportée avait aussi charrié des années d’avanies et de larmes amères.
Elle était debout là, pétrifiée de stupeur imbécile, comme au jour où pour la première fois,
Le long de ses jambes pubères, le sang avait coulé, comme un sirop de groseille à noël.
Ce fut fête alors. Les cris de ses sœurs l’accueillant dans le monde des femmes ; le regard sombre de la mère qu’illuminait pourtant une étincelle complice.
La joie n’avait cessé et son corps ignorant se courbait encore dans des jeux enfantins.
Et il était venu, beau comme une statue d’ébène aux lèvres sucrées de groseille en liqueur.
Elle avait bu au calice le désir et le vin des unions trop crédules.
Ses vingt ans triomphants flottaient de pièce en pièce.
Son royaume exhalait des odeurs de parfums et des cris de plaisir.
Elle menait sculpturale ses hanches épanouies dans les soleils déclinants aux amertumes douces des conques de lambis.
Puis il avait changé, revêtant peu à peu le masque des soirées mortuaires, oubliant dans des songes embrumés la douceur de ses bras.
L’horreur peu à peu lui dessina des traits qu’elle ne connaissait pas.
Et son corps malmené par des étreintes furtives apprit la violence des prises imposées.
Les senteurs de jasmin s’effacèrent sous les remugles de vomi et de rhum.
La maison, devenue close et cantine et dortoir, sentait la tristesse d’une morue salée cuite dans le déplaisir.
Les cris de jouissance infinie s’achevaient désormais en râles de douleur et la face rieuse se gonflait d’hématomes.
Et le silence de la honte embrumait ses yeux devenus ternes d’avoir pleuré l’innocence perdue. Ses cheveux s’étaient poudrés de sel et de rancœur amère.
Et le silence. Les mots ravalés au creux d’un cœur frappé par une foudre étrangère au bonheur de l’enfance. La langue roulée dans le creux d’une bouche aux crocs aiguisés par la patience ; une barrière d’ivoire limée d’apex exaspéré…
Une bouche édentée consolant la pointe acérée d’une langue en déroute.
Il avait glissé sur la glaise qu’elle avait patiemment lissé, jour après jour, et qui sous le soleil couchant, devenait flaque lumineuse de sang étale
La cour de terre battue qui palpitait encore de la vie qui avait déserté la maison vouée aux corps silencieux
La cour pleine de lumineuses présences chuchotant les contes d’une espérance insolente et têtue
Sa bouche pleine d’anathèmes et de malédiction s’était ouverte sur un flot de paroles surprises par une mort inattendue et dans les dernières heures d’un souffle s’amenuisant, il avait déparlé la haine et le pardon.
Elle était restée là, emprisonnée par cette dernière traîtrise, se reprochant sans fin les échecs et la peur, oublieuse d’un présent échancré aux ciseaux, hantée par le fantôme d’une statue d’ébène.
Mais la glaise s’était effondrée en avalasse de pourpre et de carmin
Et avec elle cette vie pétrie de souvenirs encagés dans la masse de béton brute. La maison dévastée lui rappela les orages venant aux îles enchanteresses et la mémoire lui revint des années d’avanies et de larmes amères.
Elle était debout là, pétrifiée de stupeur imbécile, comme au jour où pour la première fois,
Le long de ses jambes pubères, le sang avait coulé, comme un sirop de groseille à noël.
Ce fut fête alors. Le chant d’allégresse qui montait de son cœur l’accueillait au monde des libertés nouvelles.
L’eau des sources lui renvoyait un regard illuminé d’une étincelle complice.
La joie n’était point morte et son corps ignorant d’un âge importun virevolta encore dans une liesse enfantine.