Discours du dîner-débat du mardi 6 Mars (restaurant le Verger)
Par Chantal Maignan le mardi, mars 6 2007, 03:49 - General - Lien permanent
Mes amis,
Permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue, et de vous remercier de votre présence, si nombreuse et si enthousiaste. Nous savons désormais que nous sommes à la veille d’une échéance électorale capitale : la désignation de notre prochain président de la République.
Et nous savons aussi qu’elle sera aussitôt suivie d’une autre élection, aussi capitale, parce qu’elle nous concerne personnellement : la désignation de nos députés de la Martinique.
Nicolas Sarkozy est notre candidat pour la France, parce qu’il a su nous convaincre, par la force de ses convictions, par la puissance de sa personnalité, par la maîtrise de soi face à des situations difficiles, qu’il est l’homme de compétences et d’autorité dont la France a terriblement besoin.
Yann Monplaisir, André Lesueur, Alfred Almont, et moi-même, Chantal Maignan, nous sommes les candidats investis par l’UMP pour les prochaines législatives.
Nous nous sommes engagés pour la Martinique parce que nous avons compris la nécessité, vitale pour notre département, de sortir de cette pensée unique qui installe une politique arbitraire dans notre petit pays, sous la férule, redoutable et implacable du MIM.
Cette politique arbitraire est doublement dangereuse pour la Martinique parce que le MIM, qui s’inscrit dans une revanche historique, est indifférente aux dégâts collatéraux de sa stratégie totalitaire:
D’une part parce qu’elle est indifférente au mal qu’elle fait à une population, qui porte encore les stigmates du passé, et qui ne s’est jamais réconciliée avec le monde du travail.
En appliquant à l’égard de l’outre-mer un socialisme démesuré qui a pris la forme de l’assistanat plutôt que de l’accompagnement et de la solidarité nationale, les politiques de gauche, tout comme celles de l’ancienne droite - ont conforté le sentiment de victimisation identitaire et renforcé l’idée d’une réparation permanente due à l’ancien colonisé. Aujourd’hui de nombreux Martiniquais, sereinement schizophrènes, sont à la fois Rmistes et indépendantistes.
Cette politique est dangereuse pour la Martinique parce que, d’autre part, elle a fait et fait encore du monde du travail, par l’amalgame de la lutte des classes et de la lutte des races, l’objet du soupçon, du mépris et, trop souvent, de la haine viscérale.
A la Martinique, en effet, le rapport au travail est douloureusement complexe : L’histoire coloniale esclavagiste a laissé la trace indélébile du travail forcé au profit du béké que l’on porte encore au creux de la langue vernaculaire. Même si l’on est aujourd’hui fonctionnaire, l’on dit encore « Bon, kité mwen alé fè travay bétché’a ».
L’histoire coloniale post-esclavagiste, avec le développement de la fonction publique et l’arrivée de chefs de service exclusivement blancs, a réactivé le sentiment d’infériorisation des Noirs et a introduit une nouvelle forme de marronnage : laxisme et absentéisme.
L’accession des Noirs au patronat les transforme immédiatement en mulâtres « nèg ki ni lajan sé milat » ; or le mulâtre sociologique est invariablement un traître complice du béké : « Ki milat, ki bétché sé menm bitin ».
Dès lors, le patron, qu’il soit dans l’entreprise privée ou dans la fonction publique est invariablement un exploiteur, qui dévore vos forces vives et qui ne vous est pas reconnaissant.
Comment alors les Noirs peuvent-ils envisager d’être patron dans un espace qui les réduit aussitôt à l’image négative du capitaliste égoïste ? Comment vouloir être chef de service quand le regard de l’autre vous renvoie la souffrance et le mépris de celui qui se sent trahi ? Quand ce n’est pas la jalousie de celui qui n’a pas su s’élever ? « Ou ka fè ganm, mé manmaw’ sé té an machan pwasson ! »
Comment participer à l’effort de développement de ce pays si chaque fois que vous affrontez une négociation avec vos salariés, vous êtes présenté comme un « vorace, un agoulou gran fal « » et, pour les collectivités mêmes, qui devraient soutenir vos efforts vous devenez un « arrogant irresponsable » !
Bref, comment envisager de pouvoir dire haut et fort sa fierté d’être patron en espace insulaire ?
L’Histoire du travail, comme l’histoire identitaire, comme la République dans ce pays, est inachevée. Elle n’est pas entrée dans une dynamique moderne où c’est le salaire qui est la rétribution du travail et non l’affection paternaliste. Où c’est dans la réalisation sociale que l’individu impose la légitimité de sa place dans le groupe humain tendu vers le progrès. Où c’est son effort qui est estimé et non seulement « sa bravitude » !
Le temps est venu de remplacer la sollicitude occidentale par un partenariat de développement, respectueux réciproquement des uns et des autres.
Car la construction européenne a rassemblé dans un veste élan de solidarité, pour renforcer l’union et préserver la paix, des pays très développés, à l’image de la France et de l’Allemagne, et des pays à peine sortis de la misère imposée par les anciens régimes totalitaires et qui doivent atteindre au plus vite notre niveau de vie, aussi bien sur le plan économique que sur celui du social, dans des domaines comme l’éducation et la santé, par exemple.
Pour ceux-là, nourris au biberon de la discipline et de l’effort, le travail est le seul moyen de réalisation existentielle et de progrès social. Ils arrivent jusque dans nos régions avec le sens de leur devoir davantage que celui de leurs droits et avec aussi des compétences que n’ont toujours pas développé les Français, comme par exemple la maîtrise des langues étrangères et une remarquable facilité d’adaptation.
Ils arrivent, comme la Roumanie et la Bulgarie depuis Janvier, pour partager solidairement la manne européenne qu’ils méritent bien plus que nous comme l’a rappelé le député européen socialiste danois, parlant de la pêche la semaine dernière : « On a déjà fait assez d’efforts pour vous, il faut maintenant que vous vous adressiez à votre gouvernement. »
Ils arrivent, menaçant nos économies fragilisées par une fiscalité trop lourde, des contraintes horaires trop strictes, un coût du travail trop élevé, un code du travail trop rigide, et sous nos latitudes, tous ces obstacles sont encore augmentés d’un système bancaire frileux, de problématiques identitaires complexes, d’interférences politiques douteuses.
Ils arrivent, et en même temps la Chine, l’Inde, et ces pays émergents qui ne connaissent que le travail comme mode de vie parce qu’ils connaissent encore le goût amer de la survie. Et un grand pays comme la France subit de plein fouet les conséquences économiques de ses choix politiques : la fuite des capitaux et des cerveaux ; la délocalisation des entreprises vers des espaces plus profitables pour ceux qui acceptent de prendre le risque d’agir et d’entreprendre.
C’est pourquoi le thème de L’Entreprise, du travail et donc du pouvoir d’achat, est au cœur de la campagne présidentielle, c’est pourquoi cette question est fondamentale pour les Martiniquais, c’est pourquoi elle est ce soir l’objet de notre réflexion.
Chantal MAIGNAN