D’une part, il s’excluait de la communauté martiniquaise, sinon il aurait employé le pronom collectif «nous» ; la regardant avec distance, enfermé dans la sécurité de son propre groupe soudé par une histoire, des alliances et des habitudes.

Mais cet éloignement, hérité d’une histoire coloniale comme une volonté de distanciation avec les nègres, a eu pour effet d’écarter peu à peu les békés de la compréhension de l’évolution sociologique de la Martinique et de leur enlever leur légitimité politique.

Aujourd’hui, ce choix historique, renouvelé par les générations suivantes, a abouti à ce paradoxe, injuste et sans doute insupportable, que les jeunes chefs d’entreprises békés sont exclus du monde politique dans leur propre pays, et pire, ils sont pointés du doigt, non pas comme les conservateurs, vaille que vaille, d’une économie en difficulté dans bien des secteurs, mais comme les exploiteurs renouvelés des nègres désormais ouvriers. Voilà l’un des slogans d’une gauche indépendantiste.

Et c’est pourquoi je militerai inlassablement en faveur d’une réconciliation de toute la communauté antillaise car il est temps que le destin de notre département puisse se concevoir et se réaliser avec toutes les forces vives de ce pays, tendues vers le même objectif : un avenir de prospérité et une responsabilité politique partagés.

Il est temps que l’Economie et que la Politique, qui doivent marcher solidairement au service de tous, et non plus suivre des sillons parallèles, soient investies par des femmes et des hommes de toutes les « couleurs » de notre peuple de métis : du blanc au nègre, en passant par les mulâtres, indiens, chabins, dans le respect citoyen et fraternel de ceux qui partagent la même culture et le même amour du pays.

D’autre part, il s’excluait de la communauté française en se percevant comme un sujet colonisé qui recevait l’aide généreuse de la France métropolitaine.

Erreur historique qui montre à quel point nous nous abusons : nous sommes la France, et par conséquent nous n’avons pas à nous montrer reconnaissant envers nous-mêmes. Viendrait-il à l’idée de la Lozère de se sentir reconnaissante envers la France ?

La France n’existe que par ses régions, et sa richesse vient de la diversité et l’originalité des cultures qui expriment la créativité et la singularité des communautés de France.

Mais ce qui les rassemble, c’est ce merveilleux projet républicain : liberté, égalité, fraternité ; devise qui a rassemblé des groupes humains dans cette idée-là de la France : généreuse et audacieuse.

La France a été, est, et sera une nation puissante si nous continuons à donner nos forces et notre travail pour la redresser, la consolider et la faire rayonner. C’est elle qui nous est reconnaissante chaque fois que nous manifestons la grandeur de sa République dans nos choix politiques et économiques ; dans nos actions de partage et de solidarité nationale et internationale.

Ce que la France attend de nous, c’est que nous soyons persuadé d’être une irréductible partie d’elle-même, dont elle ne peut se passer, comme le corps humain ne peut se passer d’un membre, fut-il petit.

Et parce que nous faisons corps avec elle, alors nous pouvons l’aimer et la chérir comme une patrie, non pas étrangère à nous-mêmes, non pas arbitraire et dirigiste, mais attentive, respectueuse et fière de ce qui est elle, jusqu’à la plus éloignée et petite partie d’elle-même.

Ce que la France attend de nous, c’est donc que nous nous réalisions dans l’audace, l’esprit de conquête et d’entreprise, la détermination, pas contre elle mais avec elle, parce que nous serons plus forts et parce notre réussite sera sa réussite à la face d’un monde problématique.

Dans notre île trop belle, héritière d’une histoire trop cruelle, distendue par des intérêts trop contradictoires, le peuple donnera-t-il sa chance à une voix nouvelle porteuse d’espoir pour une communauté en souffrance de tant de frustrations et d’impuissance ?

Je dis que le siècle est venu où la Responsabilité de notre peuple est mise au défi : réconciliation et projets économique et politique communs, tel est notre destin et notre unique chance de succès.