Delgrès, quittant une Martinique trop royaliste, partit en Guadeloupe et prit la tête d’une révolte servile nègre pour se libérer de la France et de son projet esclavagiste napoléonien.

L’épopée politique de Marie-Jeanne, partie de la campagne de Rivière-Pilote, arrive donc aujourd’hui à son dénouement :

soit la Martinique accède à l’indépendance et prend en main son destin sous la houlette des dirigeants de MIM, car derrière Marie-Jeanne, l’on voit se pointer les canines acérées de jeunes loups ambitieux ;

soit, le Mulâtre rebelle échoue dans son projet et se fait, comme Delgrès, sauter sur le Fort Matouba ; ce qui se traduirait symboliquement par l’affaiblissement et la dissolution du MIM.

Mais, et Alfred Marie-Jeanne l’a déjà annoncé : « les partis politiques sont comme les humains : ils naissent et ils meurent aussi ! » L’Histoire apprend que seule l’image charismatique du chef reste dans les mémoires.

Donc la stratégie actuelle du MIM – et par là-même de la Région - n’est pas de travailler ensemble à l’évolution du pays mais de neutraliser tous ceux qui ne sont pas de son bord.

L’idéal républicain s’est fracassé contre l’esprit totalitaire du projet révolutionnaire du MIM.

Les moyens mis en oeuvre relèvent de la grande stratégie politique déjà observée dans la construction d’Etats impérieux :

Dans un premier temps, on sacrifie une élite aux idées libérales (les jeunes noirs diplômés, filles et garçons, qui attendent des perspectives d’évolutions économiques) puis le parti forme ses propres élites.

C’est d’abord dans le sport, représentatif de la force vitale d’une nation que l’on fait ses premières émules par le versement d’aides financières conséquentes, mais l’on prend soin de hiérarchiser les sports en désignant ceux qui représentent la bourgeoisie et ceux qui relèvent de la dignité du peuple : athlétisme et sport d’équipe ; le foot-ball et la yole étant les plus juteux en retombées électorales.

C’est ensuite en multipliant les partenariats avec de bonnes écoles pour les enfants de la « nouvelle patrie »avec l’octroi de bourses et l’obligation de la reconnaissance au Parti. Bien sur, là encore l’on prend soin de préciser qu’il s’agit de l’accès aux diplômes des enfants les plus brillants mais les plus défavorisés ; opérant de nouveau une division entre les "nantis" et les "pauvres méritants" en dépits des efforts de chaque groupe social.

C’est encore en maîtrisant tout le monde associatif par l’octroi sous conditions d’allégeance, ou de silence, au Parti.

C’est enfin par l’endoctrinement permanent par le biais de média d’une foule qui n’entend plus qu’une seule version d’une réalité difficile : celle du MIM/CNCP/APAL.

J’entends encore la voix de Daniel Marie-Sainte : « Nous voulons faire « peuple » ; le peuple martiniquais demande à prendre en main son destin » …

Mais Césaire écrivait déjà : « ce peuple qui ne sait pas faire peuple ».

Et il y a là matière à réflexion : qui est donc le peuple martiniquais ? Quelle est cette « nation » que Francis Carole appelle de ses vœux ?

Est-ce dans la division et le racisme que nous allons faire peuple ? Est-ce en rejetant les békés martiniquais, les mulâtres patrons martiniquais, les nègres patrons martiniquais, les fonctionnaires martiniquais « à la solde de l’Etat colonial » que nous allons faire peuple ?

Allons-nous réécrire la funeste histoire de ceux qui se sont abîmés dans les incertitudes de lendemains désenchantés ?

Le peuple émerge du rassemblement des ses communautés qui appliquent volontairement et résolument le principe fondateur de l’égalité. Il se renforce de l’apport de toutes ses composantes, sans ostracisme et sans rejet. Il admet le cycle humain du changement et du renouvellement que l’idéologie appelle les classes sociales. Il veille au respect de la démocratie et de l’application de la justice pour tous. Il conjugue avec dignité la liberté et la fraternité sans lesquelles aucune identité ne peut se construire ni sur le plan individuel, ni sur celui de la communauté-peuple.

Le MIM ne pourra rien construire si le préalable schoelchérien qui condamne le colorisme n’est pas intériorisé par les Martiniquais.

Le MIM ne pourra rien construire si la Créolité, comme la Négritude, ne devient pas un humanisme plutôt qu’une idéologie.

Le MIM ne pourra rien construire si le principe de l’exclusion reste son poteau-mitan.