Lettre ouverte à Nicolas Sarkozy,
Par Chantal Maignan le vendredi, février 16 2007, 04:41 - Outre Mer - Lien permanent
Cher Nicolas,
Quand vous reviendrez dans les pays d’outre-mer, n’écoutez pas ceux de vos conseillers qui vous diraient d’essayer de vous faire aimer de ces populations en adoptant des postures amicales artificielles ou en baragouinant quelques bribes d’une langue que vous ne parlez pas.
Vous aurez en face de vous des populations écorchées vives d’avoir tant voulu donner à une France qui n’a su ni entendre, ni répondre aux légitimes aspirations de ceux pour qui la peau parle toujours la première, les reléguant invariablement dans les coulisses de l’histoire nationale.
Si le mot de « Karcher » a inspiré une telle répulsion, c’est qu’il a réveillé la douleur de la «servile macule», la tâche honteuse de l’esclavage, l’infamie de la couleur noire qu’au fond de lui, l’ultra-marin porte comme une tare et une blessure tout autant qu’une fierté désespérément articulée à la face haineuse du racisme.
Quand vous reviendrez dans ces pays, dites que vous savez maintenant pourquoi certains mots résonnent plus durement aux oreilles de ceux à qui tout a été enlevé, jusqu’à la parole, libre torrent de mots qui témoignent de l’existence de l’homme.
Dites que vous savez pourquoi la peau se hérisse et le cœur se déchaîne après des années d’injustice, d’avanies, de mépris infligé aussi bien par une ancienne droite, arrogante et coloniale que par une gauche, indifférente et impuissante.
Que vous savez pourquoi la confiance n’est plus. Mais que vous savez aussi que la confiance se mérite tout autant que l’estime.
Ne parlez pas à ceux qui vous soutiennent : ceux-là ont bien compris le sens de vos paroles. Ils connaissent le goût du travail et de l’effort, et sa nécessité, et savent que sans valeurs la vie n’est qu’un enfer.
Parlez à ceux qui doutent parce qu’ils ont peur des mensonges mille fois répétés, ne faites nulle promesse mais dites la vérité : qu’aucun peuple n’échappe à la misère s’il ne veut dans la joie accomplir son labeur et que votre mission n’est pas de faire pour eux mais de permettre enfin qu’ils fassent pour eux-mêmes.
Ne cherchez pas à dissimuler la gravité du temps : dites-leur les dangers de l’insécurité, de la drogue, de la violence aveugle qui fracasse la jeunesse et de l’avidité qui assassine les vieux. Mais parlez-leur aussi d’espoir de jours nouveaux, où l’essor du pays sera fait par leurs mains, dans l’envol triomphant de toutes leurs forces vives.
Ne promettez que ce que vous ferez et faite ce que vous aurez dit.
Alors sans doute viendra le temps de la confiance. Et peut-être, au détour d’une étincelle complice, de l’affection des pays d’outre-mer.
Je parle dans l’estime
Chantal MAIGNAN