Donc trois mesures spécifiques pour nos départements sinistrés par le chômage, la précarité, la violence, l’insécurité, le marasme économique, les problèmes identitaires relevant de l’histoire coloniale :

1. Des billets d’avion moins chers sous la belle expression de continuité territoriale.

2. L’enseignement de l’esclavage et de la colonisation dans les programmes scolaires.

3. L’excellence environnementale et la protection de la biodiversité.

Ségolène Royal avait vraiment besoin d’organiser des débats participatifs pour cela ? Que d’argent inutilement dépensé ! Que d’énergie gaspillée ! Que de temps perdu !

Il suffisait d’écouter, sur les radios périphériques parisiennes, de consulter, sur les nombreux sites de nos compatriotes, les doléances régulières des Antillais pour savoir qu’ils trouvent le quasi-monopole d’Air France absolument insupportable et les prix pratiqués scandaleux !

Il suffisait d’observer les remous liés à la loi sur « les effets positifs de la présence française outre-mer » pour mesurer le désir de reconnaissance et le respect de la dignité des non-blancs.

Mais il ne suffit pas de prononcer des formules écologiques pour régler le problème économique de la Martinique, lequel induit la désespérance des classes les plus fragiles, la délinquance et la violence qui minent notre société actuelle.

Quelle image Ségolène Royal a-t-elle de nos pays ? Que comprend-elle de nos préoccupations ?

Deux hypothèses :

1.Soit elle réduit la capacité à penser des Antillais à des préoccupations affectives et matérielles limitées: l’amour de l’île et sa protection, l’amour de la famille, l’amour de l’histoire. Ce qui est juste mais reste largement insuffisant compte tenu de l’évolution du niveau de la réflexion et des compétences aujourd’hui dans ces départements, qui ont largement rattrapé le Continent sur ce point et sont aptes à penser l'économie, la politique, la philosophie...bref le monde dans sa globalité.

2.Soit elle envisage de donner à nos départements l’autonomie voire l’indépendance, réclamée par la gauche locale. Et elle a raison de proposer le minimum dans son pacte présidentiel, laissant aux élus responsables le soin de gérer au mieux les Antilles. L’on sait qu’elle est favorable à toutes les souverainetés nationales, celle des Québécois comme celle des Corses et sûrement celle des Antillais.

L’évocation des trois Martiniquais, Delgrès qui se fit sauter au fort du Matouba en Guadeloupe pour ne pas redevenir esclave ; Fanon, qui dénonça la colonisation des esprits et choisit la lutte armée en Algérie ; Césaire qui explora les contradictions entre l’assimilation et le métissage euphorique, est un indicateur soit de l'inexpérience psycho-sociologique de Ségolène Royal, soit de ses motivations secrètes. Car utiliser politiquement et maladroitement l'histoire coloniale pour séduire l'outre-mer peut à l'inverse créer un espace de fracture irréversible entre les peuples au moment où notre jeunesse a tant besoin de dialoguer avec le monde.

Il appartiendra à ceux, Louis-Joseph Manscour, Philippe Edmond Mariette, qui ont exprimé leur satisfaction en se réjouissant du programme de Ségolène Royal de sortir de ce catalogue les mesures propres au développement économique de la Martinique et à l’amélioration de l’organisation sociale de notre pays pour convaincre les Martiniquais qu’il leur a été proposé là un vrai projet adapté à leurs besoins et à leurs attentes.

Pour moi, je suis encore, circonspecte, à attendre les devoirs des citoyens face à tous ces droits qu’il va bien falloir financer sans le retour des entreprises et de l’argent des riches.

Je suis encore, vigilante, à attendre de savoir, par la voix de la gauche locale, comment nous allons construire la structure économique indispensable à notre légitime aspiration à la responsabilité.