Dîner-Débat du 6 février 2007
Par Chantal Maignan le mercredi, février 7 2007, 22:30 - General - Lien permanent
Voici le texte de l'introduction au débat contradictoire et passionnant qui a rassemblé des militants et des sympathisants de la droite martiniquaise. Si les échanges ont été fructueux, c'est parce que la droite accepte aujourd'hui d'analyser son rapport à ses concitoyens et de remettre en cause des pratiques désormais périmées. Elle s'interroge avec pertinence sur l'économie, le rapport au travail, le social et la solidarité, aujourd'hui inséparables de tout projet pour la Martinique.
Mes amis ,
Permettez-moi d’abord de vous remercier d’avoir répondu si nombreux à notre invitation, à Marie-Alice André-Jaccoulet et à moi-même, car si c’est une chose habituelle que de s’intéresser à la politique dans nos salons, c’est une autre attitude, volontaire et courageuse, que de venir débattre en public, affirmant ainsi une position voire une décision, ou cherchant des raisons de faire le choix le plus utile à notre petit pays, la Martinique.
Car en effet, quel que soit le candidat qui sera porté à la Présidence de la nation française, une rupture sera consommée dans notre pays et dans notre région.
Une rupture nationale que le philosophe de gauche, André Glucksmann, a très bien définie : le peuple donne son congé aux conservatismes de tous bords et choisit résolument d’affronter les difficultés nées de la rencontre des cultures et des religions.
Aujourd’hui la République réclame l’application de ses deux derniers principes, oubliés dans les excès du libéralisme tout autant que ceux du socialisme : je parle de l’égalité et de la fraternité.
La France a soif de cohérence et estime désormais que les intérêts individuels et collectifs doivent tenir le même rang : pas de social sans économie, pas d’économie sans solidarité nationale et fraternité civique.
Une gauche conservatrice, engoncée dans la certitude de ses valeurs et cautionnée par les grands hommes dont elle se croyait seule dépositaire se retrouve aujourd’hui assommée par l’audace d’un descendant de Hongrois qui est tellement Français qu’il en accepte toute l’histoire et tout l’héritage : à lui Blum et Jaurès, à lui aussi l’époque coloniale et sa triste épopée.
A lui de trouver le ton juste pour répondre aux béances de peuples dont la diversité fut rassemblée dans la violence et la souffrance imposées au moment même où la France continentale commençait à lutter pour se donner une République généreuse. Grand défi !
Mais si Glucksmann pointe le vide et l’abîme dans lesquels a sombré cette gauche conservatrice parce qu’elle n’a pas accepté l’irréductible dictat du temps et de la modernité, il affirme que seul Nicolas Sarkozy s’est solennellement engagé dans le sillage d’une France de cœur.
Et c’est pour cela, mes amis, qu’il sera élu.
Une rupture, disais-je aussi, sera engagée dans notre région.
Pierre Petit, invité du club ATV, dimanche dernier, a dit deux choses particulièrement significatives qui méritent toute notre attention.
Développons d’abord le premier point :
1. La relation affective que la France avait jusque-là avec les pays d’outre-mer est désormais révolue quel que soit le candidat élu. Place sera donnée à une pragmatique de la relation ultra-marine compte-tenu de l’exigence de la réalité européenne.
Cela a le mérite d’être franc et vrai. Il convient donc d’observer l’intérêt des candidats pour l’Outre-mer.
Si nous attendons encore les propositions de celle qui porte les couleurs de la gauche, nous pouvons néanmoins débattre sur celles proposées par la droite.
A l’évidence, Nicolas Sarkozy admet le principe de l’intérêt géo-stratégique, sur le plan international, de la France élargie à ses périphéries ultra-marines, mais il mesure aussi la fragilité du tissu social confronté à la violence des banlieues et du mal-être de milliers de Français victimes du racisme et de la xénophobie, ainsi que de celui de leurs familles insulaires solidairement blessées par le rejet d’un pays qui leur a déjà demandé tant d’efforts et de patience.
Et plutôt que de traiter la question du non-blanc avec les vieilles techniques d’une politique sociale qui, à terme, fragilise davantage les populations en souffrance et dévalorise leur image dans la nation française, il propose des mesures de réajustement des niveaux, qu’il appelle discriminations positives.
Mais il a bien compris que l’image de l’ultra-marin devait d’abord être réhabilitée dans son propre espace, c’est pourquoi il a placé l’outre-mer au cœur du dispositif de cette nouvelle France qu’il souhaite voir émerger ; une France, non pas métisse, mais diverse et fraternelle.
Pourtant l’Outre-mer devra apprendre à négocier différemment avec la France continentale, car si elle aura les moyens de son propre développement par des mesures adaptées à l’émergence d’une économie, elle devra choisir et signifier clairement ses options ; je cite Nicolas Sarkozy : « car l’attachement à la France ne peut souffrir d’ambiguïté ou de double langage. Soit on est dans la République, soit on ne n’y est pas ! »
Rejetant le pathos, les discours démagogiques et paternalistes, les faux serments d’amour, le candidat de droite respecte notre droit à la responsabilité et nous invite à répondre clairement à la question qui nous intéresse ce soir : quelle politique pour quelle Martinique ?
Ce qui nous amène au second point abordé par Pierre Petit, et qui relève de l’héritage de la droite en Martinique.
Je suis heureuse qu’il ne l’ait pas envisagé comme l’a fait Aimé Césaire avec Serge Letchimy. Car accepter un héritage c’est assumer à la fois le passif et l’actif. Et il est parfois dur d’assurer la gestion de choix rendus nécessaires par le contexte historique mais qui n’ont plus de raison d’être dans la réalité actuelle.
La Droite avec « Osons oser » s’est avancée dans la sphère du social et a intégré la fierté d’être Martiniquais. Elle a aussi émis l’idée que seul un projet fondateur pouvait rassembler les énergies de ce pays.
Mais elle a buté sur le seul obstacle qui est en réalité le frein à toute espérance : réconcilier le peuple martiniquais avec le monde du travail. Elle a échoué parce qu’elle n’a pas osé s’attaquer à ce qui est le fond de commerce de la gauche nationaliste martiniquaise : la question de l’inégalité de condition qui renvoie à la question de la race et qui est la blessure ouverte de la majeure partie de la communauté noire de la Martinique.
Notre histoire singulière a abouti à ce paradoxe qui pétrifie notre société : le travail est détestable et la réussite ignoble parce qu’ils renvoient encore à une histoire de servitude et de séparation des groupes humains.
Le racisme anti-blanc s’alimente du racisme primaire anti-béké et du colorisme réducteur anti-mulâtre bourgeois pour devenir un racisme social qui cristallise l’énergie populaire sur la question identitaire.
La rupture de la Droite Martiniquaise, celle que je défends et avec laquelle je me présenterai devant les électeurs, rupture qui sera vraisemblablement moins tranquille dans notre Région que celle de Nicolas Sarkozy sur le Continent, c’est de réclamer inlassablement la proclamation officielle de la réconciliation de toute la communauté martiniquaise.
Je m’inscris donc dans le sillage des progressistes des deux bords de cette ligne dite « infranchissable des races », et je rends ici officiellement hommage à Roger de Jaham qui s’est engagé sur cette voie difficile et à tous ceux qui l’y ont suivi.
Je réclamerai un Geste fort et symbolique comme sut le faire Mandela dans un pays encore plus marqué que le nôtre par la peur et le rejet de l’Autre si différent de soi.
C’est au prix de cette rupture fondatrice et de cette réalité nouvelle que toute la société martiniquaise pourra se restructurer et modifier son rapport au travail parce que la gauche conservatrice, ayant perdu le thème majeur de sa propagande, pourra enfin être confrontée à son immobilisme et son impuissance sur les questions économiques.
Et c’est la mission de la nouvelle Droite que de proposer cette démocratie libérale et sociale dont notre pays a tant besoin pour envisager à la fois son développement économique et sa relation à l’Autre, dégagée de toute amertume et de tout ressentiment.
Dès lors, les conditions du développement économique étant réunies, nous pourrons envisager la réussite du projet pour la Martinique que nous avons élaboré dans la suite des propositions globales pour l’Outre-mer.
Je vais maintenant laisser place au débat thématique, où je vous le rappelle, les échanges peuvent être verticaux et horizontaux.
Très bonne soirée...