Lettre à mes étudiants, ... et à tous les jeunes de la Martinique
Par Chantal Maignan le mercredi, janvier 31 2007, 21:27 - General - Lien permanent
A la question que vous m'aviez posée avec un intérêt évident « Pourquoi ne faite-vous pas de politique alors que vous aimez passionnément la Martinique ?», il avait bien fallu que je réponde.
Et réfléchissant à l’expression la plus sincère, pour ne pas me dérober à vos yeux attentifs, je vous ai répondu, stupéfiée par mes propres mots « Sans doute parce que j’attendais que vous m’en jugiez digne. »
Parce que l’entrée en politique correspond à l’engagement le plus important de la vie d’un citoyen et d’un être humain.
C’est choisir de donner au peuple et au pays la part de son énergie et de son affection dérobée à sa famille, de renoncer à une forme d’intimité en devenant l’objet du regard et des attentes justifiées, d’affronter la monstrueuse épreuve de l’orgueil et la traversée de l’ego.
Mais la chose politique est aussi le patient apprentissage de l’humilité devant l’ampleur de la tâche, le courage de renoncer aux sentiers tracés parce qu’ils ne mènent nulle part, la volonté de choisir une voie neuve pour construire des lendemains d’espoir…
Que dit l’écho de ce pays qui n’a pas encore baissé les bras devant la misère et le désespoir ?
Il dit : du travail, un salaire décent, un toit sur nos tête, et pouvoir, sans craindre l’imprévu et l’adversité, marcher en sécurité dans les chemins les plus étroits et les plus sombres, aller en paix…
Notre pays a encore la foi. Il articule dans les jours sombres les prières apprises des anciens, il place son espérance dans le juste.
Quelle femme, martelant l’irréductible liberté de l’être, ramenant de l’oubli une histoire du métissage, stigmatisant l’immobilisme et l’échec, pourrait rester sourde aux appels d’une conscience inquiète ?
Je suis une fille de la campagne, élevée aux valeurs anciennes, qui a intériorisé les notions élémentaires qui redressent la colonne vertébrale des hommes : respect, générosité, tolérance.
Et je suis fille de commerçant avisé doublé d’un Michel Morin : j’ai appris la valeur du travail et sa juste récompense : le confort d’une vie sans soucis.
Et je suis fille d’une institutrice à l’ancienne, et j’ai aimé les livres et l’exotisme des automnes dans mes livres de lecture. La neige me faisait rire, les cocotiers étaient mon vrai bonheur.
Je suis une Martiniquaise qui a la faim et la soif de son pays développé, modernisé, organisé, sécurisé : j’aime l’entreprise, la créativité, l’effort, le succès.
Je suis une Martiniquaise qui a la volonté de voir se préserver la vie des bourgs et des villages face aux géants de la consommation qui anéantissent la vie sociale, la qualité de la rencontre et de l’échange, le temps pris pour partager un sourire et les nouvelles des voisins.
Je suis une Martiniquaise qui a l’intention de dire haut et fort que ce pays n’est pas un bout de bois que l’on peut faire calciner sous la dureté et l’indifférence des feux égoïstes et individualistes.
Vous aurez du mal à me faire entrer dans une boîte avec une étiquette si vous croyez que la droite et la gauche peuvent encore être définies selon d’anciens critères désormais périmés, mais si vous acceptez d’entendre que je suis une démocrate libérale sociale, sans doute allez-vous mieux comprendre pourquoi j’ai choisi l’UMP redéfinie par Nicolas Sarkozy.
En regardant objectivement l’état de notre pays, de notre économie, de notre environnement, de notre qualité de vie, je ne peux choisir la gauche, ni celle de la France continentale qui s’abîme dans une stérile chasse aux riches et aux entreprises, au lieu de s’attaquer résolument aux problèmes concrets qui accablent les citoyens, ni celle de la Martinique qui s’est pétrifiée dans des idéologies périmées et dans une lutte des classes doublée d'une lutte des races.
Je ne souscris ni au matérialisme, ni au libéralisme sauvage, ni à la société de consommation et je crois à la justice de la solidarité et de la fraternité.
Mais je condamne la paresse, l’irresponsabilité, la violence, et tous les impérialismes et toutes les démagogies : je préfère le Lamentin à Cuba et les quartiers pauvres de Fort-de-France ont plus besoin de mes soins attentifs que les favelas d’Amérique latine, même si mon cœur est sensible à la misère de l’autre et que mon deuxième devoir est l’engagement caritatif et humanitaire, pour les pays voisins de la Caraïbe comme pour l’Afrique qui souffre.
Voilà qui je suis, une femme simple et déterminée : ni sbire, ni porte-parole d’un maître, je vais de mon pas libre, dans la famille politique que j’ai choisie, dans ma parole de vérité, devant les électeurs de mon pays.