Je m’interroge réellement sur la volonté de la gauche à vouloir le débat ; il est vrai que l’exemple de Ségolène Royal est plutôt significatif : voilà une candidate qui provoque une conférence de presse à Trinité et qui parle aux journalistes censés rapporter au peuple la bonne parole de la candidate. Mais il est interdit de poser des questions directes, de prendre des notes ou des photos. Sans doute Ségolène Royal envoie-t-elle pour publication une note synthétique et veille à son image de telle sorte que la presse puisse faire son travail sous sa houlette attentive ou plutôt, en l’espèce, sa vigoureuse férule. Les révélations des journalistes locaux (Gérard Dowling-Carter/ émission ATV en particulier) témoignent de ce que l’on sait de Ségolène Royal : son dogmatisme, son irritante tendance à fustiger, à manifester ses préférences … Bref la maîtresse d’école prête à redresser les récalcitrants ou à tancer les insolents.

Ce qui a peiné, voire choqué, beaucoup de femmes de ce pays, c’est que les premières femmes politiques martiniquaises, de droite comme de gauche, n’ont jamais suscité une telle dévotion : Ségolène flottait au dessus de la terre : elle était Jeanne d’Arc, la madone, …et pourquoi pas la Vierge du grand retour dont on sait l’issue de cette histoire avec des Martiniquais floués qui n’avaient que leurs deux yeux pour pleurer.

Les jeunes de l’Université, et particulièrement les filles, n'ont pas été amadoués par l’image virginale de la candidate de gauche : ils attendaient qu’on leur parle bourses, études, formation, débouché, emploi…

Et ils ont eu droit à un ahurissant discours sur un Etat puissant qui paierait ses dettes, développerait le logement social, résoudrait toutes les questions du chômage par une mesurette : le contrat social.

J’étais étonnée que Francette Rosamond (émission ATV), fine analyste puisse dire dans le même temps que c’était bien que l’on ait la garantie que « l’Etat paie ses dettes » et que « l’Etat est ruiné ». Paradoxe !

De plus compte-tenu de la régression de la vision de la gauche sur le patronat, l’Etat aura de moins en moins de riches à taxer. C’est ce qui explique pourquoi Hollande prépare le prochain coup de la gauche : taxer les moyens salaires. C’est pour cela que les Français ont appris avec étonnement qu’ils étaient riches à partir de 4000 euros.

A la Martinique, la rupture se creuse entre ces jeunes désormais capables comprendre les manoeuvres politiques et les représentants d'une gauche arrogante et sarcastique qui n'a aucune solution à proposer malgré plus de vingt ans de pouvoir : une autonomie sans moyens financiers que l’Etat français, de plus en plus pauvre, ne pourra garantir.

Il sera temps de voir si Ségolène Royal sera une femme debout pour les Antillais ou une continentale cherchant à sauver sa crédibilité politique auprès des siens ! Pli ta, pli tris !!!

Désormais diplômés, formés, responsables, les jeunes de ce pays veulent construire leur existence par la responsabilisation et la création d’entreprises et de richesses dans leur pays.

Equilibre identitaire et liberté d’entreprise, voilà ce que les jeunes attendent d’un gouvernement moderne et intelligent.

La zone franche globale, destinée aux petites et moyennes entreprises, en détaxant le travail, en allégeant les charges sociales, permettra l’émergence d’une économie nouvelle. La caution de l’Etat permettra d’obtenir les financements que les banques hésitaient à consentir aux jeunes entrepreneurs. La fiscalisation contrôlée pourra enfin se mettre au service du logement social. Les pépinières d’entreprises encourageront à investir des champs nouveaux comme l'informatique, l'e-marché, la génétique, la transformation agro-alimentaire, les alicaments…

Bref, quand la gauche voudra bien cesser de se cristalliser sur la question raciale (mais si les barrières communautaires deviennent caduques, ce fond de commerce disparaîtra naturellement), sur une obsolète lutte des classes, vision périmée datant du XIXe siècle opposant les capitalistes et les exploités, pour envisager une révolutionnaire relation au travail pour laquelle notre jeunesse est prête, nous pourrons engager un vrai débat et définir ce qui est mieux aujourd'hui pour construire la Martinique de demain.

Alors le peuple remettra sa confiance dans les politiques.