Aucune société ne peut se construire dans la réduction d’une communauté humaine à des classes sociales : les bourgeois ne valent pas mieux que les aristocrates, comme le croyait Voltaire, tout comme le « tout peuple » ne vaut pas mieux que la bourgeoisie, contrairement à ce que répétait Marx dont les idées funestes ont ouvert un boulevard aux Goulags et aux dictatures.

En simplifiant, je dirais que les propos de Marx, arrogants et sarcastiques envers tout l’édifice de la culture passée et présente, ont été gauchis par une vision très personnelle, nourri par un ego puissant, de la perception du monde qui mêlait abusivement le politique et l’économie.

Marx a emprisonné la pensée de gauche dans le dogmatisme et l’illisibilité. Et pire, Marx a privé de liberté les politiques antillais pour qui la problématique idéologique se double d’une revendication identitaire et d’une urgence économique.

Soit la Martinique se crispe sur la lutte des classes en stigmatisant l’entreprise et les patrons capitalistes ; soit elle choisit le développement économique, la paix sociale et la vigilance absolue de tout abus au détriment des salariés, et décide, avec fermeté, que la revendication ne doit trouver sa solution que dans l’espace de la négociation avec tous les partenaires et au profit des tous les acteurs de l’entreprise, et de l’entreprise elle-même actant passif qui subit les erreurs humaines.

Pour autant, si la gauche se réveille de sa torpeur et décide d’œuvrer réellement au développement de notre pays tout en veillant à la préservation de l’environnement, ce qu’actuellement elle ne fait pas, elle devra encore faire face à un autre problème qui est liée au premier : la lutte des classes dans les sociétés post-coloniales est en effet articulée sur une lutte des races que l’idéal républicain n’a pas solutionné parce qu’il n’a pas su gérer la sortie du colonialisme en décolonisant les esprits métropolitains de ceux qui en sont encore au délit de faciès ou de religion « Ne pas voir un homme, mais voir un noir, un jaune, un arabe, un juif ».

De plus la persistance d’une caste béké et d’une classe de grands mulâtres bourgeois cristallise le ressentiment historique et la frustration de la masse populaire confrontée à la fois à l’inégalité de condition et aux difficiles réalités économiques.

La gauche est donc aujourd’hui prisonnière d’un système de pensée archaïque, d’une structure sociale et d’un système politico-économique qu’elle n’a pas su, ou pas voulu, briser malgré son entier pouvoir politique depuis 1981.

Plus de vingt ans de pétrification stérile !

Aujourd’hui, elle doit affronter la dure réalité psychologique : les réflexes d’appropriation sont inhérents au genre humain.

C’est désormais notre jeunesse qui veut profiter du fruit de son labeur dans la qualité de vie que lui autorisent tous les sacrifices consentis et dans le respect des valeurs que lui lègue la culture dont elle est issue.

Ce sont les femmes et les hommes de ce pays qui veulent, par leur travail, donner un sens à leur existence et transmettre un patrimoine et des valeurs.

Ce sont les retraités qui veulent jouir, dans la paix et la sécurité, du bien qu'ils ont patiemment construit par une vie de labeur.

Que peux leur proposer aujourd'hui une gauche qui stigmatise l'entreprise, vilipende les patrons, et fait de ceux qui réussissent les objets de la honte et du mépris ?