Le bovarysme politique antillais
Par Chantal Maignan le lundi, janvier 29 2007, 03:55 - General - Lien permanent
Emma Bovary lisait des romans et s’imaginait que la vie pouvait se dérouler comme les histoires romantiques dont elle se régalait pour se consoler d’une vie de frustrations et d’amertume.
La gauche martiniquaise se souvient des idéologies qui ont nourri sa jeunesse militante, lorsque des fonctionnaires coloniaux et des békés arrogants alimentaient l’indignation et l’esprit de révolte d’une masse populaire mangée par la misère.
L’ancienne droite martiniquaise avait refermé le livre que lui avait laissé un grand pays, de Schoelcher à Césaire pour rêvasser à des époques autrefois triomphantes plutôt que de marcher à côté de son peuple.
Et dans un bel ensemble d’ignorance, d’aveuglement, d’inaction, le corps politique avance, prisonnier de schémas anciens, comme si le temps s’était figé, les enfermant à jamais dans l’île devenue immense Habitation-plantation.
Et que dit la jeunesse, éclairée par des exils forcés dans des pays cherchant à résoudre courageusement les difficultés d’un monde en gestation ? Et que disent les femmes, encouragées par le succès de leurs efforts pour se dégager des carcans imposés ? Et que disent tous ceux qui ont foi en des valeurs morales devant l’implacable cécité d’un pays qui refuse de changer et va droit vers l’abîme?
Que les politiques décidément ne sont que des rêveurs crispés sur un passé dont les traces s’effacent peu à peu, bien incapables de conquêtes nouvelles dans un réel qui présente de tels défis que seuls d’audacieux novateurs, capables de rupture, peuvent désormais affronter.
Quand le Savoir recule, l’Ignorance s’installe, impérieuse et virulente, de crainte d’être démasquée.
Alors l’homme d’inculture peut asséner d’une voix forte des mensonges masqués qui abusent le peuple. Les hommes incrédules ne trouvant nulle part réponses à leurs questions finissent par penser : « qui ne dit mot consent ! ». Et malgré leurs doutes légitimes, ils vont suivre les foules sur de mauvais chemins.
Le bovarysme politique, de droite ou de gauche, c’est celui qui consiste à ne pas envisager le monde tel qu’il est : composé de femmes et d’hommes caractérisés par une identité, une culture, des valeurs.
Aucune Histoire ne s’écrit hors de l’implication personnelle de ses acteurs. Aucune économie n’est viable si elle ignore l'apport des sciences humaines.
Nos choix politiques et nos décisions économiques doivent donc prendre en compte à la fois la nature humaine et la spécificité identitaire martiniquaise.
Je vous propose ainsi une série de réflexions et je vous invite à un échange objectif et enrichissant pour tous dans l’intérêt de notre département :
I. Le bovarysme de la gauche
II. Le bovarysme de l’ancienne droite
III. La rupture et l’entrée dans la modernité