L'imposture coloniale de Ségolène Royal : la métissude !
Par Chantal Maignan le dimanche, janvier 28 2007, 04:15 - General - Lien permanent
Décidément Ségolène Royal est une excellente comédienne : elle a réussi à jouer «Le passage du milieu» au nez et à la barbe de tous les anticolonialistes qui n’ont pas retenu que l’actrice principale avait plutôt choisi jusque-là d’incarner la blancheur immaculée chantée par Saint-John Perse : "Je vous salue, ma fille, sous la plus belle robe de l'année".
Née au Sénégal, la voici maintenant aux Antilles, « petite martiniquaise » où elle dénonce l’époque coloniale dont son père fut un digne représentant, où elle évoque son amour pour un pays où elle n’a pas mis les pieds depuis 29 ans, où elle déclare l’abjection de la colonisation après avoir été bien silencieuse lors du vote de la loi controversée sur les « effets positifs de la présence française outre-mer », où elle affirme que le « Discours sur le colonialisme » est le texte le plus beau et le plus définitif et qu’il faut l’étudier dans toutes les écoles de France, alors que personne n’a entendu ses protestations quand ce texte a été porté au programme des classes de terminales puis supprimé au motif de contenu trop subversif.
En présence de Césaire, la candidate de gauche fait rimer sans vergogne sa « bravitude » avec la « négritude ».
Opportunisme inacceptable parce que Césaire est un immense poète, un homme de 93 ans dont le nom est inscrit à jamais dans l’histoire et qui a élevé sa poétique au niveau d’une politique universelle au service de la dignité de tous les hommes et personne n’a le droit d’entraîner cet emblème de toute la communauté noire dans ses dérives politiciennes. Que fait-on dire à Césaire : Le Pensec devient « notre Breton martiniquais » ; Ségolène Royale est baptisée « Ségolène Loyal », (qui commence par un mensonge « Parlez-vous créole ? Je le comprends ! ») « Je ne connais pas Sarkozy » et pour finir une modification de la devise républicaine « Liberté, égalité, fraternité, Identité » à laquelle Royal souscrit sans sourciller…
Que cherche-t-on à faire de Césaire ? Quelle image veut-on donner de lui dans le monde qui observe les faits et gestes de Ségolène Royal ? Le faire passer pour quelqu’un de sénile ? Affaiblir la grandeur de son message ? Abattre Caliban ?
Le slogan « Présidente d’une France métissée » lancé comme d’habitude, dans une coupable improvisation prouve à l’évidence l’inculture de la candidate de gauche non seulement sur la pensée de Césaire mais aussi sur la problématique du métissage .
Je suppose que les chantres de la créolité vont expliquer à Ségolène Royal que lorsque l’on est candidate à la Présidence de la 5e puissance mondiale, on se garde de parler comme une touriste ingénue et que la question du métissage est plus complexe qu’il n’y paraît parce qu’elle peut être vécue comme un nouveau racisme excluant ceux qui seraient perçus comme déficitaires de métissage : les blancs et les noirs par exemple. Ces auteurs, refusant une logique fusionnelle et unitaire, proposent plutôt une identité plurielle, mosaïque. Le terme de "métissage", est d'emblée vidé de toute connotation raciale et même suspecté comme antinomique de l'idéal d'un Total-Somme prôné par Glissant.
Qu’est-ce donc pour Ségolène Royal une France métissée ? Un pays exclusivement composé de métis ? Une civilisation métisse ?
Césaire le premier a dénoncé ceux qui seraient tentés par une idéologie du métissage, devenant ainsi les alliés objectifs du colonialisme en acceptant, je cite, le "morne bâtard", "l'échouage hétéroclite, les puanteurs exacerbées de la corruption, les sodomies monstrueuses de l'hostie et du victimaire". De même qu’il met en garde, dans un discours intitulé « Culture et colonisation » prononcé en 1956, contre les dérives idéologiques de tout projet de civilisation métisse :
Or qu'est-ce qu'une civilisation si ce n'est une harmonie et une globalité ? C'est parce qu'une culture n'est pas une simple juxtaposition de traits culturels qu’il ne saurait y avoir de culture métisse. Je ne veux pas dire que des gens qui sont biologiquement des métis ne pourront pas fonder une civilisation. Je veux dire que la civilisation qu'ils fonderont ne sera une civilisation que si elle n'est pas métisse. Et c'est pour cela aussi que l'une des caractéristiques de la culture, c'est le style, c'est-à-dire cette marque propre à un peuple et à une époque et que l'on retrouve dans tous les domaines où se manifeste l'activité de ce peuple à une époque déterminée .
Une idéologie du métissage, présentée devant un peuple d’anciens colonisés qui n’a pas encore réglé son problème identitaire et sa relation à la couleur de sa peau, imposée à un peuple d’anciens colonisateurs qui n’a pas fait le deuil de la période coloniale et donné congé à ses préjugés et à ses peurs, ne peut donc être qu’un mythe déstabilisant et dévitalisant, et plus particulièrement pour les Antillais.
Le métissage biologique n’est pas un projet politique en soi : il est la démonstration de l’histoire personnelle et des émotions intimes de femmes et d’hommes capables de dépasser les clichés réducteurs. Le métissage culturel peut aboutir à la disparition des peuples minoritaires comme l’avertissait Césaire.
Le projet de Ségolène Royal est-il en réalité la volonté d’une dilution de la culture créole ? A moins que Ségolène Royal, candidate « afro-antillaise » pour l’occasion ne propose une dilution de la culture française ?
Ce n’est pas une France métissée que nous appelons de nos vœux. Nous voulons une France généreuse et ouverte à sa diversité, fraternelle et respectueuse des différences, égalitaire dans le traitement de tous ses citoyens.
Serge Letchimy, vous qui vous présentez comme le porteur du double héritage politique et idéologique de Césaire, je vous en prie, ne faites pas de lui un jouet au carnaval des autres, car jamais Caliban n’aurait dit à Prospero, même dissimulé sous le masque de la féminité : « Vous incarnez nos espoirs, que dis-je, nos espérances ».
Il aurait dit avec force et détermination, effaçant de sa cornée blanche l’ombre menteuse de la colombe, et plaçant ses espoirs, que dis-je, ses espérances dans le peuple qui est le sien et qu’il a exhorté à la responsabilité et à la réalisation de soi dès l’écriture du Cahier :
car pour me cantonner en cette unique race
vous savez pourtant mon amour tyrannique
vous savez que ce n'est point par haine des autres races
que je m'exige bêcheur de cette unique race
que ce que je veux
c'est pour la faim universelle
pour la soif universelle
la sommer libre enfin
de produire de son intimité close
la succulence des fruits.