La leçon pédagogique de la gauche pour les élections
Par Chantal Maignan le mardi, janvier 23 2007, 02:45 - Point de vue - Lien permanent
J’ai lu avec intérêt le numéro de janvier du journal Asé pléré, Annou lité. Si l’éditorial de Robert Saé, porte parole du CNCP, contenait d’indéniables vérités, comme l’image trop négative de notre pays renvoyée par les media ; la situation dramatique d’une frange de notre communauté perdue dans la toxicomanie, les rituels magico-religieux, la délinquance, le désespoir devant le chômage et la pauvreté, l’article intitulé « Pour comprendre les programmes politiques » est un bel exemple d’une intoxication mentale effectuée avec une parfaite mauvaise foi et d’un impérialisme de la pensée qui annonce les tyrans de l’esprit. Je me propose donc de reprendre et de compléter cet exercice afin de ramener un peu plus d’objectivité dans cette leçon de pédagogie, car il faut respecter la liberté et l’intelligence des électeurs.
1. Ne pas laisser l’arbre cacher la forêt
Les candidats choisissent de répondre aux questions qui préoccupent quotidiennement les citoyens. En les analysant, ils évaluent la difficulté de les régler dans le temps et proposent, avec un calendrier, des palliatifs, des solutions de rechanges pour une amélioration notable de la qualité de vie. Prenons par exemple le transport routier. Régulièrement, la gauche organise des réunions publiques pour nous dire qu’ils ne peuvent pas régler le problème à cause du statut du département-région. Et ils ne font rien. Le problème est tel qu’il faut compter pour certains deux à trois heures de trajet matin et soir. Pourtant, les solutions existent comme le montre l’exemple de la Guadeloupe.
De même, la gauche vertueuse prétend s’occuper activement du social et avoir le souci des citoyens. Que répondre alors sur l’incinérateur de Dillon, le traitement social de la Mangrove du Lamentin, du logement social, de la violence qui ne cesse de croître, de la délinquance, de la pauvreté, de la perte des valeurs morales …
Et pourtant elle fustige l’action de Nicolas Sarkozy dont les résultats sont indéniables. De plus, pour une population qui se plaint, parfois avec raison, d’une justice à deux vitesses, elle ne trouve pas l’honnêteté de saluer le courage de Nicolas Sarkozy qui fustige les abus et les bavures judiciaires !
Le conseil vrai et sincère à donner aux électeurs est de ne pas se laisser enfermer dans des partis qui n’ont ni à penser, ni à juger, ni à choisir à leur place, mais d’écouter les propositions des candidats et de choisir en leur âme et conscience le meilleur pour l’avenir de la Martinique et de leur propre existence.
2. Repérer derrière l’individu candidat quelle classe détient les rênes du pouvoir
Voilà ressorti par la Gauche le couplet périmé sur la bourgeoisie. Car qu’est-ce que la bourgeoisie aujourd’hui ? Les enfants de ce pays, à force de travail, se sont élevés et font aujourd’hui partie de cette bourgeoisie : ils gagnent bien leur vie, dans des métiers souvent manuels, et ont mérité leur belle maison et leur belle voiture. Les autres, nouvellement diplômés grâce aux sacrifices de leurs parents, se préparent à investir en masse l’entreprise et devenir des patrons dans les métiers modernes. Sont-ils devenus des ennemis, ces nègres qui ont accepté le travail et les risques ? Après avoir cristallisé la haine sur les békés, puis sur les mulâtres, maintenant, nous allons fustiger les nègres-patrons ? Dans un pays qui n’a aucune économie à part celle de la consommation !
Allons, personne aujourd’hui en Martinique ne peut avaler ces contre-vérités même si elles sont assénées avec autorité : les derniers gouvernements de gauche n’ont rien fait pour l’Outre-mer alors que les récents gouvernements de droite ont successivement réaffirmé leur attachement à l’outre-mer.
Nicolas Sarkozy a rendu public son projet pour l’Outre-mer dès juillet 2006 alors que Ségolène Royal vient en Martinique pour "écouter" ce que va lui demander le peuple martiniquais. Allons-nous lui réclamer l’indépendance ? De plus, cinq jours avant son arrivée, elle réfléchit enfin à l’idée de sanctionner Georges Frêche. Opportunisme ou sincérité envers les Noirs ? Bravitude ou Négritude ?
La Métropole coloniale est juridiquement abolie, la décolonisation des esprits s’imposera avec la discrimination positive et la parité, le talent et les compétences, la bravoure et le goût du défi propres aux Martiniquais, à tous les Martiniquais.
La droite martiniquaise de 2007, inscrite dans la rupture avec le passé, est passionnée par la revendication identitaire et économique car elle vit pleinement son égalité avec le continent et aspire à une responsabilisation des élites et de la jeunesse de notre pays.
3. Distinguer les bases idéologiques derrière les arguments
Il est important d’exiger de ceux qui prétendent donner des leçons pédagogiques de citer leurs sources quand ils reprennent avec des guillemets des extraits utilisés comme arguments. Car le lecteur d’aujourd’hui est capable de juger le monde et notamment « l’idéologie coloniale empreinte de racisme et d’arrogance ». Reprendre des textes du début du XXe siècle pour en faire des arguments pour le XXIe risque de paraître singulièrement obsolète.
La gauche ne peut plus se servir d’une idéologie qui a montré ses limites, car même Marx a affirmé à la fin de sa vie qu’il n’était plus marxiste face aux dérives des utilisations de sa pensée. Quelle est la liberté d’un peuple dans un pays qui n’est ni auto-suffisant, ni capable de donner du travail et un niveau de vie acceptable à ses habitants ?
Le libéralisme sauvage, que l’on peut reprocher à une Amérique capitaliste, ne peut être opposé à la démocratie libérale sociale qui caractérise aujourd’hui la France, et dont Nicolas Sarkozy est le parfait représentant : un droite solidaire, humanitaire et respectueuse des peuples et des identités. Les principes mêmes de notre République : liberté, égalité, fraternité, enfin aboutis dans un pays qui traverse, dans les souffrances et les difficultés certes, les turbulence de l’après-colonial, sont les garants de la spécificité de la France héritière des Lumières, lucide, généreuse et capable de regarder ses erreurs et de changer.
Interpeller les puissances occidentales, la France, et Nicolas Sarkozy, c’est bien. Interpeller aussi Chavez, et les dérives impérialistes de la gauche au Vénuézéla, si près de nos frontières, c’est la moindre des impartialités !
4. Analyser la source des problèmes pour évaluer les solutions
Je souscris entièrement avec le premier paragraphe : nos élus de gauche, se partageant le pouvoir depuis tant d’années, ont-il réglé les problèmes qui gâchent la vie des citoyens martiniquais ? Insécurité, pouvoir d’achat insuffisant, chômage, accès aux soins de qualité, problèmes dramatique du transport ? La réponse est sans appel : NON.
Mais l’exemple retenu, celui de l’immigration et son utilisation, sinon son analyse, montre une fois de plus que l’on revient à des explications simplistes qui ne font pas honneur à l’intelligence des électeurs. L’immigration est un vrai problème, dont le traitement demande humanité et courage, car il n’est pas facile de fermer la porte de l’espoir à celui qui appelle à l’aide. Mais la responsabilité nationale est de résister à un premier mouvement de générosité qui, compte tenu de la situation de la France, équivaudrait à un véritable suicide collectif.
Il faut remplacer un mauvais accueil des immigrés (par manque de travail, de logement social, de structures d’intégration) par une solidarité internationale, une aide au développement des pays en difficulté. Et c’est le projet de la droite de Nicolas Sarkozy.
A la Martinique, que diraient nos compatriotes qui souffrent déjà de toutes les difficultés relevées au premier paragraphe si l’on ouvrait grand nos frontières à tous les malheureux de la Caraïbe, particulièrement Sainte-Lucie, si proche géographiquement, et Haïti, si chère à nos cœur ? Comment répartir le peu que nous possédons, peu de terres, peu de travail, peu de logement ?
La sensiblerie n’est pas une vertu mais une faiblesse quand on a en charge la sécurité des citoyens qui ont fait confiance au politique ; la sensibilité, qui s’investit dans le caritatif et l’humanitaire, reste la meilleure preuve de notre solidarité caribéenne : il faut aider au développement de nos voisins chez eux et non les obliger à un exil chez nous.
5. Rejeter le piège de l’apolitisme
Plutôt de ressortir une fois de plus le couplet de la lutte des classes, tellement inefficace qu’il a éloigné de la chose politique près de la moitié de l’électorat martiniquais, de stigmatiser la bourgeoisie et d’en faire la seule responsable de l’abstention, il vaut mieux faire une analyse sociologique de notre pays.
Je renvoie le lecteur à l’article intitulé "du bon usage de la démocratie à la Martinique".
Je rappelle simplement que le Martiniquais a aujourd’hui la conscience claire de son avenir : progresser, s’élever, améliorer son existence non seulement sur le plan matériel mais sur celui des valeurs spirituelles et morales. Plus que tout autre peuple, il a la passion de sa liberté, la conscience de son égalité et la certitude de sa fraternité envers tous ceux qui traversent les souffrances de l’existence.
EN CONCLUSION
Qu’on laisse le peuple martiniquais libre de choisir en toute conscience et de voter pour celui ou celle qui emporte sa raison et son coeur.
Soit il préfère se refermer au monde qui se construit et essayer, dans l’indépendance, d’affronter seul son destin.
Soit, il décide de rester dans l’ensemble français et européen, d’y apporter la singularité de sa culture, de son mode de vie, de sa joie.
Et s’ouvrant au monde, le traversant, de contribuer à la construction universelle de l’humanité.