Fred Deshayes au CLUB ATV
Par Chantal Maignan le lundi, janvier 22 2007, 14:20 - Point de vue - Lien permanent
Le passage de Fred Deshayes au Club ATV fut un vrai moment de plaisir. Il est vrai que l’invité du 21 Janvier est à la fois Docteur en droit et leader du groupe guadeloupéen « Soft » connu pour son engagement patrimonial et moral. Nous avons donc eu droit à l’expression simultanée d’une pensée et d’une émotion, d’une réflexion et d’une sensibilité.
Enfin, un homme public, fils d’indépendantiste, qui n’est pas prisonnier d’un courant politique désormais dangereux pour nos départements d’outre-mer compte tenu de l’état actuel de notre économie et du niveau de vie atteint par les Antillais et auxquels ils ne souhaitent pas renoncer. Fred Deshayes a choisi la lucidité, et le parler vrai qui est la caractéristique des gens sincères.
Cette attitude a d’ailleurs déconcerté les journalistes bien plus habitués à des invités, arpenteurs de nos sociétés, qui préfèrent un langage démagogique, lequel consiste à cacher les réalités sociales, à nier des évidences, à masquer des dysfonctionnements parce qu'ils sont les résultats de mauvaises décisions de leur parti politique ou parce que la nécessité économique va à l'encontre d'une idéologie à laquelle ils se cramponnent bien qu'elle ne soit plus adaptée à nos départements ultra-marins.
Pour exemple, la Gauche qui, au lieu de proposer un programme de développement cohérent avec un volet social clairement défini, préfère critiquer sans cesse la Droite de Nicolas Sarkozy, avec la plus parfaire mauvaise foi (dernière page de Asé pléré Annou lité de janvier) alors qu’à l’évidence, la démocratie libérale sociale proposée par le candidat UMP marque une rupture significative avec toutes les politiques appliquées jusque-là.
Il n’est donc pas étonnant que je me sois retrouvée dans les propos de Fred Deshayes : un regard lucide sur l’état de notre tissu social et économique ; notre place dans la Caraïbe (il a raison : demain, les investisseurs nègres, antillais francophones, pourront délocaliser leurs entreprises vers des pays voisins plus pauvres qui offrent une fiscalité et des salaires plus attractifs) ; notre identité caribéenne (sur quels critères communs ?) le traitement de l’immigration, dans la souffrance mais dans la raison : comment accueillir tous les Dominicais, tous les Saint-Luciens, leur donner les moyens d’une existence digne : travail, logement, allocations diverses, éducation, accès à la santé et avec quels moyens, quel argent, alors que chez nous le chômage dépasse les 25%, que la crise du logement est criante, que la pauvreté gagne chaque jour du terrain faute d'entreprises et d'emplois.
La Gauche, avec une folie suicidaire, s’imagine que dans l’Europe, qui permet la libre circulation des biens et des personnes, les riches ( à partir de 4000euros !) vont rester passivement en France à attendre de supporter le poids d’une politique égalitariste pénalisante. Ne voit-elle pas, refuse-t-elle de voir, que les Français, et les Martiniquais, et les Guadeloupéens ne travaillent plus assez sans être pourtant plus heureux ? Que l’égalitarisme tue la liberté, l’esprit d’entreprise, l’enthousiasme alors que l’égalité ramène l’espoir, l’envie de progrès et de fraternité !
Nos espaces n’ont plus besoin de paroles inutiles et de discours creux : nous devons revoir notre relation au travail : les patrons ne sont pas tous des exploiteurs et l’Antillais n’a pas pour seule vocation de devenir fonctionnaire. La multiplication des entreprises est une nécessité vitale pour notre pays qui doit aussi se dégager du consumérisme, cette sur-consommation de compensation à toutes les frustrations sociales et affectives.
On le voit, lorsque l’intelligence et la raison dominent les passions, les femmes et les hommes de ce pays peuvent se rassembler autour du même projet : le développement économique de l’île en même temps que la préservation de ses valeurs et de son patrimoine.