Nicolas Sarkozy :

"La question identitaire est toujours importante en Outre-mer, même si elle trouve des modes d'expression divers. Elle peut et doit être distinguée de la question institutionnelle.

Ma conviction, c’est que, dans une démocratie mature, la République peut et doit faire davantage de place aux identités et cultures d’Outre-mer car, en réalité, elles font partie de nous-même!

C’est la raison pour laquelle je suis favorable à l’enseignement des langues et cultures régionales dans leurs territoires d’origine et que je suis même favorable à leur enseignement en métropole lorsque que la demande est suffisamment importante pour justifier un investissement du système éducatif. N’oublions pas que le créole - je devrais dire les créoles - constitue l’ensemble de langues régionales le plus important de France par le nombre de locuteurs…

Nos compatriotes, natifs ou originaires d’outre-mer sont sensibles à ces questions. Leur positionnement n’est pas aisé dans la société française. Ils ont souvent un triple sentiment : un sentiment d’éviction, d’amalgame et d’abandon. Sentiment d’éviction lorsqu’ils constatent, malgré leur nombre, leur « invisibilité » dans la sphère publique, politique et médiatique. Sentiment d’amalgame lorsqu’on prétend les associer à une communauté noire d’origine africaine. Sentiment d’abandon, parfois, lorsqu’en métropole depuis longtemps, ils ne se sentent pas tout à fait intégrés mais que, « de retour au pays », ils ne sont plus tout à fait chez eux non plus…Je pense qu’il y a là un vrai sujet qu’il faut aborder sans démagogie mais avec énergie.

Il faut probablement aborder cette question sous deux angles : changer l’image qu’ont certains métropolitains de leurs compatriotes ultramarins mais aussi changer le regard que portent certains ultramarins sur eux même. En d’autres termes, il faut combler le déficit de reconnaissance symbolique des ultramarins. Cela peut prendre plusieurs formes.

Cela peut consister à corriger le déficit d’image de l’Outre-mer et des ultramarins dans les médias. Le paysage audio-visuel est certainement en partie responsable du fait que l’Outre-mer soit mal connu et que son image soit souvent caricaturée. C’est la raison pour laquelle je souhaiterais intégrer dans les missions du CSA celle de la promotion de l’Outre-mer dans tous ses aspects culturels, historiques et géographiques. Au-delà de la présentation quotidienne de la météo des collectivités d’Outre-mer qu’il serait déjà bien de réintroduire sur les antennes des grandes chaînes hertziennes, il pourrait s’agir notamment de veiller à la recherche d’un équilibre dans le traitement des sujets d’actualité mais aussi des émissions de fond.

Combler le déficit de reconnaissance, c’est aussi promouvoir davantage, à talent égal, des originaires d’outre-mer dans la sphère administrative aux postes d’autorité. C’est ainsi que, comme Ministre de l’Intérieur, j’ai déjà nommé, dans le corps préfectoral, plusieurs Hauts fonctionnaires talentueux venant de l’Outre-mer. C’est la même dynamique qui doit nous animer en politique mais sans démagogie ! Pour les scrutins uninominaux, il faut désigner le candidat qui a le plus de chance de gagner sur son nom et tant mieux si c’est un ultramarin ! Pour les scrutins de liste, notamment aux élections municipales, il faut inscrire en position éligible des Français d’outre-mer dans toutes les communes où des communautés significatives habitent.

Combler le déficit de reconnaissance symbolique, c’est, enfin, mettre en lumière les grands hommes et femmes que l’Outre-mer a donné à la France. C’est la raison pour laquelle j’ai convenu avec le Ministre des Transports, Dominique Perben, de faire aboutir, dès que possible, une procédure de changement de dénomination de l’aéroport de la Martinique pour baptiser ce dernier du nom d’Aimé Césaire. Je crois que c’est justice vis-à-vis du grand poète et de l’homme d’engagements et de paix qu’est Aimé Césaire, même si sa modestie, je le sais, en souffrira.

Mais l’identité, il ne suffit pas de la reconnaître, il faut la faire vivre, lui permettre de s’épanouir ! Je crois que la création d’un lieu consacré à l’Outre-mer pourrait contribuer à cet épanouissement. L’idée d’une « Maison de l’Outre-mer » a souvent été évoquée mais n’a jamais été suivie d’effets. Je pense pourtant que, bien conçu, un lieu spécifiquement consacré à l’Outre-mer pourrait avoir tout son sens. Ce serait un lieu de conservation et de présentation des richesses des différents territoires d’Outre-mer mais aussi un lieu de rencontre et de sociabilité pour des communautés souvent éparpillées. Ce pourrait être, par la même occasion, un centre d’affaires pour des responsables économiques et politiques qui ne cessent de voyager dans le but de développer leurs territoires.

Enfin, sur un plan plus pratique, je crois qu’il ne faut pas se cacher que nos compatriotes d’Outre-mer ont à faire face à de nombreuses difficultés en métropole que l’on ne soupçonne même pas. Il peut s’agir de véritables discriminations ou de simples problèmes administratifs liés à la spécificité de leur situation objective, par exemple dans la recherche d’emplois, de logements ou les démarches bancaires. Aussi, pourrait-on imaginer la création, au sein du Ministère de l’Outre-mer, d’une structure chargée de suivre la question des ultramarins en métropole.

Je serais aussi favorable à la création d’un « Conseil interministériel de l’Outre-mer », placé sous la présidence du Président de la République, qui permettrait, à intervalles réguliers, de réaliser un bilan de la marche vers l’égalité des chances de nos territoires et compatriotes d’Outre-mer."

Il faut bien reconnaître que, dans le programme de Nicolas Sarkozy, il y a un réel effort pour comprendre la situation complexe des ultra-marins et commencer à apporter des réponses adaptées à chaque département ou territoire.

Le temps est révolu en effet que nos régions pâtissent de la méconnaissance des hauts fonctionnaires qui patientent dans un tel ministère en attendant un poste plus prestigieux ; du manque de courage de représentants de l'Etat qui n'ont pour seul objectif que de se faire aimer ou apprécier des populations insulaires sans trouver l'énergie pour fustiger les comportements anti-démocratiques ; et enfin de la méconnaissance de l'histoire et de la culture de ces communautés au point d'en présenter des images folkloriques et doudouistes d'une autre époque.

Lorque Nicolas Sarkozy évoque les trois termes : "éviction", "amalgame" et "abandon", il n'est ni paternaliste, ni compâtissant : il est lucide et responsable en dénonçant une attitude qui s'inscrit encore dans un schéma colonial et avec laquelle il faut rompre au plus vite. Oui, des Martiniquais sont victimes de delit de faciès ! Oui, la couleur de leur peau réduit leur citoyenneté et leurs droits dans un Hexagone qui se perçoit encore comme une métropole coloniale ! Et cela est inacceptable. Et nous ne l'acceptons plus.

Alors je dis oui à la discrimination positive jusqu'à ce que l'équilibre soit retrouvé pour installer le respect et l'estime d'une communauté qui a toujours répondu oui à la France quand elle était menacée par l'ennemi.

Je dis oui à la Parité pour que les hommes et les femmes, aussi bien dans l'Hexagone que dans notre Région, contribuent à la construction d'une société plus juste et plus forte, dans le travail et la dignité.

Je dis oui à l'enseignement de toute l'histoire de France ; de toutes les langues de France ; de toutes les cultures de France dans tous les lieux de formation de France.

Je prends acte du premier geste force de Nicolas Sarkozy : honorer celui qui a écrit le "Discours sur le colonialisme" et reconnaître le bien-fondé d'une poétique politique en donnant son nom à un lieu d'ouverture vers l'Ailleurs et d'Arrivée vers l'ici ; le pays Martinique.

Et j'ajoute que la "Maison de l'Outre-mer" ne doit être ni un musée, ni une grande association de bonnes volontés, mais un rassemblement de forces dirigées vers l'efficacité et la réussite : encadrement des jeunes pour la formation d'une élite capable de briguer des postes de haute responsabilité ; gestion pragmatique des cursus de formation professionnelle ; facilitation de l'insertion dans le monde du travail ; suivi psycho-pédagogique des groupes fragiles ; politique de réinsertion par l'exemplarisation des exclus réhabilités ...

Elle doit être un espace ressource avec des tuteurs et des référents disponibles et accessibles par tous les natifs de l'outre-mer en situation de demande d'aide de quelque nature qu'elle soit.

Je gage qu'avec une telle rupture dans le traitement traditionnel de la question de l'outre-mer, et de la Martinique en particulier, les résultats soient de nature à étonner les plus sceptiques.