Ainsi, en inscrivant, non seulement sur des stèles et des monuments, mais aussi sur des lieux de vie et d'activité, le nom de ceux et celles qui ont, par leurs compétences et leur volonté, donné une évidente verticalité à ce peuple, nous continuons d'écrire l'histoire de notre communauté.

Pourtant, la décision de donner le nom de Camille Darsières à la Maison de la Femme, de la Mère et de l'Enfant, a provoqué en moi un sentiment étrange, une non-adhésion spontanée. Sans doute parce que j'espérais que ce fut une femme, une de nos soeurs - et elles sont nombreuses à s'être battues pour l'amélioration des conditions de vie de la femme, de la mère et de ses enfants -qui lèguerait son nom à un tel établissement et qui entrerait dans notre histoire collective.

Camille Darsières représente, pour l'universitaire et l'intellectuelle que je suis, l'homme du Droit et du Savoir. J'avais espéré que son nom fusse inscrit au frontispice d'un de ces lieux institutionnels qui structurent une société responsable de son destin, - Tribunal, Archives, Faculté de droit ... - et que son souvenir soit lié à une certaine idée de la liberté, de l'égalité et de la fraternité.

Qu'il soit remercié et honoré pour son action déterminante au moment où les Noirs de ce pays cherchaient avec tant de désespérance à concilier leur nationalité française et leur singularité martiniquaise.