Mes chers concitoyens, hommes et femmes de ce pays nôtre,

Entrer en politique, c'est accepter d'être observé, critiqué, dénigré souvent.

Non pas parce que l'on est une femme qui accepte d'avancer dans le champ de l'action - que de femmes en Martinique ont été courageuses, obstinées, opiniâtres, affrontant l'adversité campées sur leurs convictions et leur désir de changer leur vie et celle de leurs enfants !

Non pas parce que l'on est une politique capable de proférer un discours différent des propos convenus et de rassembler dans un même élan le développement l'économique de son île et la construction identitaire indispensables à la survie de son pays et de son peuple - que d'Antillais ont désormais compris que la revendication post-coloniale n'était pas incompatible avec l'autonomie financière garante de toutes les libertés !

Mais parce que l'on vient, dans un monde désormais indifférent, blasé, découragé par trop d'adversité et d'injustices, d'espoirs déçus, de lassitude -dont on sait soi-même l'amertume - parler de valeurs et de possiblités.

De valeurs qui ne sont ni ringardes ni passéistes - et qui ne le seront jamais - parce qu'elles caractérisent fondamentalement notre peuple : l'honnêteté, le goût du travail et de la réussite, la fierté des choses bien faites, l'orgueil du mérite et le droit à la sérénité et au bonheur.

De possibilités immenses parce que l'on croit dans le potentiel, l'intelligence pratique et le pragmatisme de notre jeunesse qui ne demande qu'à être bien informée et bien formée pour s'insérer dans une société prête à lui donner sa place.

Entrer en politique, c'est s'opposer à un discours fataliste et à une aptitude atavique à espérer le malheur et l'échec plutôt que le changement révolutionnaire d'un système lourd de plusieurs siècles d'acceptation et de résignation.

C'est dire que notre vie d'aujourd'hui ne relève plus de la volonté du Blanc mais de notre propre aptitude à la rêver et à la concevoir, à la construire et à la réaliser.

Que notre égalité n'est pas dans le fantasme du Blanc - ou de quiconque : Jaune, Rouge, Voilé, Enturbanné ... - mais dans notre propre détermination à exister en déployant avec panache nos compétences et notre savoir être.

Entrer en politique c'est courir le risque d'être écoutée, entendue et comprise ...

Le risque merveilleux de susciter à nouveau l'espoir, ce que Césaire avait appelé une utopie refondatrice et qu'il appelait puissament de ses voeux.

Entrer en politique, c'est donner du poids à une parole qui ne prolifère plus en illusions stériles, mais qui trace résolument son sillon vers un avenir de labeur et de moisson ;

Ainsi la Martinique rendue à elle-même marquera son histoire dans la chair de cette terre et dans la matière d'une trame humaine que personne ne pourra jamais effacer.

Je vous souhaite une année nouvelle en rupture avec le désespoir et la stérilité et je vous propose de construire avec moi un futur à la mesure de nos capacités illimitées, nous qui avons en nous tant de désirs et d'énergie et tant de forces encore...

J'ai besoin de vous pour que ma voix frêle devienne un torrent de voix neuves imposant à l'humanité notre irréductible présence.

Rejoignez-moi et avançons, foule compacte, vers le monde que nous aurons librement choisi et construit.

Votre candidate,
Chantal Maignan