La solidarité et l'égalité des chances
Par Chantal Maignan le lundi, janvier 1 2007, 00:07 - Outre Mer - Lien permanent
La très mauvaise gestion de la sortie du colonialisme, qui a cumulé la victimisation des Noirs subjugués et aliénés et la culpabilité des Blancs coupables de l'infamie de l'esclavage, a sensiblement modifié le rapport à la solidarité et à la fraternité républicaines des Français. En outre, la composition contemporaine de la société martiniquaise, avec ses groupes issus de la période coloniale et qui sont encore opératoires - nègres, mulâtres, békés - ne facilite pas le dépassement d'une mythologie de la réparation. Ainsi, le besoin d'une reconnaissance morale de l'histoire insulaire a justifié l'acceptation de ce qu'il faut bien appeler une politique d'assistanat : plutôt que de réclamer avec force le droit au travail et à la dignité, l'allocation du chômage est perçue comme un dû et une obligation. Or, notre peuple, à peine remis de l'indignité dans lequel l'histoire l'avait précipité,doit plus que tout autre consolider dans sa liberté, affirmer se responsabilité, mettre en valeur ses compétences et sa créativité. Ainsi, tout en renforçant le développement des pôles nécessaires à l'amélioration de la vie de la collectivité, la Martinique doit valoriser son potentiel humain en offrant à tous les moyens d'accéder à une existence digne et confortable.
Les propositions de Nicolas Sarkozy ciblent les points les plus importants à developper très rapidement pour que le changement impulsé par une nouvelle politique soit mesurable :
III- Développer une solidarité qui ne se confonde pas avec de l’assistanat et qui soit au service de l’égalité des chances
La solidarité est un concept « fourre-tout » que l’on invoque souvent sans en définir précisément les contours. Je crois, qu’aujourd’hui, il est temps de modifier notre conception de la solidarité avec l’Outre-mer. La solidarité ce n’est pas l’achat de la paix sociale à coup de transferts en tous genres.
La solidarité c’est assurer les conditions fondamentales du développement humain pour que, de façon autonome et digne, un peuple puisse regarder son avenir en face, debout !
Il faut arrêter le saupoudrage des aides et identifier des priorités fondamentales pour le développement.
Concrètement, pour moi, notre devoir de solidarité doit s’exercer dans trois directions : la santé, l’éducation et l’aménagement du cadre de vie.
En matière de santé, les niveaux d’équipement sanitaire sont généralement satisfaisants. Le réseau d'établissements est relativement dense et les plateaux techniques sont plutôt performants. Généralement, d'ailleurs, il y a une forte attractivité des structures françaises dans les régions où elles se situent.
Il existe néanmoins, ponctuellement, des situations très insatisfaisantes en matière d'offre de soins, comme en Guyane ou à Mayotte. Certains indicateurs de santé sont en décalage avec ceux de la métropole. Par exemple, l'espérance de vie à la naissance en Guyane est inférieure d'environ quatre ans à celle de la métropole. Ce n’est pas acceptable sur le territoire de la République !
Les problèmes de santé que l'on rencontre, sans être spécifiques par nature, le sont souvent par leur ampleur ; je pense aux toxicomanies, au SIDA, à l’alcoolisme ou aux troubles psychiatriques... Par ailleurs, certains problèmes particuliers de santé persistent, comme le chikungunya, le paludisme, la dengue, la tuberculose et même la lèpre en Guyane !
Dans ce contexte, il y a, à mon sens, plusieurs priorités.
Il est d’abord impératif de combler les retards d'offre de soins dans les départements très insuffisamment dotés et sujets à de fortes pressions migratoires. Je pense notamment à la Guyane, à Mayotte mais aussi à La Réunion où le nombre de lits pour 10 000 habitants est encore, aujourd’hui, inférieur de moitié au ratio métropolitain !
Il faut, ensuite, développer de façon urgente la capacité et la qualité des structures de prise en charge des toxicomanes et diversifier l'offre d'accueil par des structures spécialisées, les communautés thérapeutiques ou les placements familiaux. En complément, il est urgent de développer la capacité et la qualité des établissements psychiatriques. Au-delà, c'est à une véritable politique de santé mentale qu'il faut s'atteler par la diversification des structures d'accueil mais aussi par un travail sur l’acceptation de la maladie par la société.
Enfin, l'offre médico-sociale pour les personnes âgées et handicapées doit être encouragée afin de favoriser des retours à domicile dans de bonnes conditions.
Mettre en place des mesures fiscales incitatives pour la création d’emplois dans le secteur des services à domicile me paraît particulièrement judicieux.
En ce qui concerne l’éducation, on constate que le maillage du réseau éducatif est plutôt satisfaisant, même si bon nombre de bâtiments sont mal adaptés, les communes n’ayant pas les moyens suffisants pour intervenir efficacement.
On note, cependant, des différences de niveaux avec la métropole, notamment au sortir de l’école primaire, et que le phénomène de fuite des cerveaux vers la métropole a tendance à persister dans un contexte où l'enseignement supérieur atteint rarement une taille critique. Ce domaine est crucial car c’est sur le capital humain que se construiront des sociétés plus prospères.
Il faut donc promouvoir des formules « d’école de la deuxième chance » adaptées aux contextes locaux. L’échec scolaire n’est pas une fatalité ; il doit être combattu avec une extrême détermination.
Il est aussi important d’assurer une articulation plus forte entre la formation et l’emploi en accentuant l’effort sur l’enseignement professionnel dans un contexte d’inadéquation de l’offre et de la demande de travail. La formation est trop souvent déconnectée des besoins présents et à venir des territoires. Il est souhaitable que les étudiants soient mobiles et qu’ils aillent se mesurer à d’autres dans un contexte concurrentiel. Il faut donc favoriser l’acquisition, par les étudiants, d’une formation et même d’une première qualification professionnelle dans l’hexagone ou à l’étranger. C’est à ce prix que seront formés les cadres dont l’Outre-mer a besoin.
Parallèlement, il faut développer le rayonnement international des universités d’Outre-mer dans leurs contextes géographiques. Il faut éviter des universités sous-dimensionnées qui ne trouvent pas en elles-mêmes les ressources nécessaires. Cela implique de développer des domaines d’excellence et d’ouvrir davantage le recrutement des professeurs et assistants pour en diversifier les origines et éviter les phénomènes clientélistes préjudiciables à la qualité des enseignements.
La question de la formation de la jeunesse en Outre-mer est, pour moi, une question cruciale sur laquelle il faut être particulièrement offensif. La formation est, par excellence, un investissement de long terme qui est fondamental pour asseoir les bases d’un développement économique et social propre à chaque territoire.
Enfin, la solidarité, c’est aménager un cadre de vie et d’activité propice à un développement harmonieux.
Nous savons que les capacités financières des collectivités locales ont souvent été obérées par un contexte économique et social difficile mais aussi, parfois, disons les choses comme elles sont, par une gestion approximative.
Le résultat c’est que le bâti et les réseaux sont dégradés et inadaptés aux risques naturels. Les possibilités de rénovation sont limitées par le manque de moyens des communes, les surcoûts liés au climat et les contraintes foncières. Il existe, par ailleurs, un phénomène de mitage du territoire par des constructions souvent inachevées et un nombre de constructions illégales important, y compris sur les côtes.
Enfin, pour des raisons notamment architecturales, l’animation des centres-villes est souvent difficile.
En matière de transport, les liaisons aériennes avec la métropole sont onéreuses, ce qui représente un frein très concret à la mobilité et aux échanges. Quant aux transports collectifs internes, ils sont notoirement insuffisants, ce qui provoque des phénomènes de congestion du trafic préjudiciables à l’activité économique et à la qualité de la vie.
Face à cette situation, il y a plusieurs axes d’efforts.
Il faut tout d’abord renforcer l’intervention financière de l’Etat en matière de logement social et la pérenniser. La défiscalisation pourrait, à cet égard, être réorientée, en partie, sur le financement du logement social.
Je pense aussi qu’une mobilisation particulière est nécessaire pour la rénovation des centres des agglomérations chef-lieux car je vois mal comment certains territoires pourront réellement décoller, y compris sur le plan touristique, sans avoir une ville-capitale fonctionnelle et attractive !
Dans le même esprit, je pense qu’il faut favoriser une politique ambitieuse de protection des espaces remarquables tout en en prévoyant l’exploitation touristique durable. En matière d’environnement, la France détient un patrimoine exceptionnel grâce à l’Outre-mer. Nous sommes collectivement comptables de cette richesse et nous devons affirmer, sans ambiguïté, notre volonté de protection dans le cadre d’une stratégie nationale. L’inscription des récifs coralliens de la Nouvelle-Calédonie au patrimoine mondiale de l’UNESCO, la création d’un parc national en Guyane ou le projet de réserve naturelle sur les Terres australes et antarctiques françaises participent de cette volonté. La qualité de l'environnement sera demain, plus encore qu'aujourd'hui, un atout majeur dans un contexte de concurrence croissante avec des destinations touristiques meilleur marché.
Par ailleurs, je suis convaincu que la notion de continuité territoriale est fondamentale à plusieurs titres. C’est à la fois une question économique et sociale. Il en va de la compétitivité de nombreux secteurs économiques comme de la cohésion des familles dispersées. Compte tenu des enjeux et dans un contexte oligopolistique, j’estime que l’Etat est parfaitement légitime à intervenir pour favoriser une baisse des tarifs des transports aériens. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé récemment que l’on s’attaque au problème, de façon concrète, en agissant à la fois sur l’offre et la demande.
Je propose d’abord de modifier les obligations de service public qui pèsent sur les compagnies qui desservent l’Outre-mer. Cela devrait favoriser un accroissement de l’offre de sièges - et donc une baisse des tarifs - puisque l’organisation de vols charters et l’arrivée d’éventuelles nouvelles compagnies seront facilitées.
La seconde idée que je propose consiste à agir sur la demande de sièges d’avion en révisant les modalités d’application du système des congés bonifiés, sans le remettre en cause, afin de mieux étaler les périodes de départ en congés et donc de favoriser une baisse des tarifs. Ces propositions doivent, bien entendu, faire l’objet d’une concertation.
De même, il me paraît important d’assurer l’accès des ultramarins à l'Internet haut débit à des conditions comparables à celles de la métropole, tant d'un point de vue technique que tarifaire. Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi, de la même manière, la TNT ne pourrait pas être déployée en Outre-mer dans les mêmes conditions qu’en métropole.
Enfin, il me paraît fondamental que l’Etat, dans le cadre des contrats de projets, soutienne davantage les politiques locales de transports en commun de personnes, notamment lorsqu’il s’agit d’alternatives à la route. Il en va de même du transport des marchandises qui pourrait être assuré bien davantage par voie maritime.
Il convient de compléter ces propositions de Nicolas Sarkozy par des mesures propres à la Martinique. Voici ce que je crois necéssaire au développement de la solidarité et de l'égalité des chances pour que notre département soit un des fleurons de ceux qui composent la France :
1. Renforcer les structures de santé avec un encadrement particulier de la santé mentale et des toxicomanes : thérapeutes connaissant l'histoire et les traumatismes psycho-sociologiques propres à l'espace post-colonial antillais.
2. Développer intensivement des structures d'aides aux personnes âgées et aux handicapés. Fiscalité adaptée à ces services.
3. Redynamiser les métiers de service à domicile, d'aide aux ménages et à la famille par le moyen d'une fiscalité adaptée.
4. Développer les filières éducatives professionnelles post-bac, notablement insuffisantes à la Martinique.
5. Adapter les programmes de formation à la spécificité martiniquaise : contenus et forme d'enseignement.
6. Redonner à l'Université sa première vocation : l'excellence et la garantie de l'emploi à la sortie des études.
7. Renforcer le principe de continuité territoriale pour la mobilité des chercheurs, des enseignants et des étudiants.
8. Redynamiser la vie sociale en améliorant le cadre de vie et en encourageant les associations d'insertion et d'animation.
9. Créer de véritables institutions professionnelles sportives dans toutes les disciplines.
10. Créer des institutions d'encadrement psycho-sociologique au service de la réinsertion des membres de la communauté en difficulté.
11. Développer l'esprit caritatif par l'encouragement (bourses) à l'apprentissage de savoirs au service du handicap : langage des signes ; aide à la famille pour les trisomiques, les autistes, les hyper-actifs ...
12. Créer une formation relative au "métier de parents" : aider à l'éducation des enfants dans un contexte accru de société de consommation.
13. Régler urgemment le problème du transport routier en développant le réseau maritime à la fois pour le tranport des personnes et des biens avec l'aménagement de parkings aux pontons et la régulation du transport collectif.
14. Développer le réseau et le lien international depuis la Martinique : transports, haut débit ... de manière à favoriser les échanges privés et commerciaux.