Le développement économique
Par Chantal Maignan le lundi, janvier 1 2007, 00:06 - Outre Mer - Lien permanent
Si les Martiniquais ont notablement évolué dans la construction d'une identité créole qui s'assume aujourd'hui sans complexe, les politiques en charge du développement économique ont singulièrement manqué de vision, de souffle et d'ambition pour un pays dont ils réclament pourtant l'indépendance, sinon l'autonomie. Sans doute parce que le rapport au travail,à l'entreprise et au patronat a été faussé par la répartition économique archaïque de l'île, où les békés sont perçus comme majoritaires. Le moment est néanmoins venu d'une rupture avec une économie de comptoir pour mettre la Martinique sur les rails d'un réel et durable développement économique.
Sur le développement économique de l'île, voici l'analyse et les propositions de Nicolas Sarkozy :
II - Créer les conditions d’un véritable développement local et d’un emploi durable
En matière économique, le constat est connu, « appelons un chat, un chat » : les économies ultramarines sont globalement en décalage de développement même si une baisse du chômage de 3% a été enregistrée entre 2004 et 2005.
Ce sont des économies physiquement exclues des marchés métropolitains et européens et qui ne présentent pas une taille critique pour certains types d’activités, en particulier industrielles. Les échanges économiques régionaux demeurent généralement assez modestes dans les faits même si les relations de nature politique, humanitaire et culturelle existent.
Ces économies sont caractérisées par l’importance du secteur public, un niveau de prix élevé en raison de l’éloignement et de l’effet inflationniste du système des « sursalaires ». Elles sont marquées, par ailleurs, par de fortes disparités de richesses. Quelques grands groupes, très structurants économiquement, cohabitent avec une multitude de très petites entreprises, souvent fragiles.
Alors que faire ? Que faire lorsque tant de choses ont été tentées, que tant de dispositifs existent ce qui fait dire à certains que l’Outre-mer « coûte cher ». Comme si l’on se posait la question du coût de la Creuse ou du coût de la Lozère…
Ces territoires font partie intégrante de la République, leurs handicaps en matière de développement sont objectivement mesurables. La solidarité la plus élémentaire, non pas celle des mots mais celle des actes, justifie donc une approche en termes de discrimination positive territoriale.
L’enjeu fondamental est de donner à ces économies une forme d’autonomie, une plus grande capacité de développement par elles-mêmes.
Je ne crois pas à une accumulation de mesures aux objectifs multiples qui se traduiraient par une série d’aides publiques supplémentaires. Je crois, au contraire, qu’avec plus de 80 régimes d’aides publiques, il y a probablement un effort de rationalisation et de simplification à faire.
Je suis convaincu que le problème des économies d’Outre-mer ne se pose pas en termes de « rattrapage » par rapport à un prétendu modèle métropolitain ou européen.
Je pense qu’il faut que chaque économie trouve sa voie propre et que ces économies peuvent même prétendre à l’excellence.
Je crois qu’il faut, par conséquent, concentrer nos efforts dans deux grandes directions : lever au maximum les contraintes qui pèsent sur la création de richesse et structurer les filières à enjeux. Cela peut se traduire de plusieurs façons.
Cela signifie d’abord maintenir une politique stable d’incitation fiscale à l’investissement en conservant le principe de la défiscalisation posé par la loi de programme de 2003 et en en simplifiant les procédures.
Présenter le défiscalisation Outre-mer comme un ensemble de « niches fiscales » révèle, pour le moins, une méconnaissance de la réalité économique de terrain. La défiscalisation est, en réalité, un outil de développement pour des économies sous capitalisées et spontanément peu attractives pour des investisseurs. Des engagements ont été pris par l'Etat sur 15 ans, ils doivent être respectés. N’oublions jamais que la richesse est créée par le secteur productif et que les investisseurs détestent l’inconstance des politiques publiques. Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas corriger les imperfections du système s’il a généré des effets d’aubaine inacceptables. A l’inverse, on peut penser à des outils nouveaux de développement…
C’est dans ce contexte que je propose d’étudier, dans les territoires où l’Etat dispose de la compétence fiscale, la possibilité de créer des « zones franches globales d’activités » couvrant l’intégralité des territoires.
Ces zones franches ne concerneraient que les secteurs les plus porteurs et les plus exposés à la concurrence. L’idée que j’ai soumise au débat, lors de mon déplacement aux Antilles, est simple dans son principe : pour que les échanges économiques soient plus équilibrés et qu’ils soient davantage tournés vers les pays proches qui ont, pour la plupart, des coûts de production très nettement inférieurs aux nôtres, il faut agir sur plusieurs leviers dont celui de la fiscalité des entreprises en l’adaptant au contexte local. Ce n’est finalement que l’application, à ces territoires, du principe d’égalité des chances.
Ce qui est en jeu, ce n’est pas « une mesure fiscale de plus », ce qui est en jeu c’est la fondation d’un nouveau projet de développement pour les territoires d’Outre-mer concernés. Ce projet devra d’ailleurs être accompagné d’efforts de structuration des filières.
Les sursalaires de la fonction publique font-ils obstacle au succès d’un tel projet ? Je n’ai, sur ce point, aucun a priori, ni dans un sens, ni dans l’autre. Hérité de l’histoire, ce système a des avantages : le soutien de la consommation, l’émergence d’une classe moyenne et la solidarité familiale. Ce n’est pas rien lorsque le chômage est important ! Mais ce système a aussi des inconvénients : des prix structurellement élevés qui pèsent sur la compétitivité de l’économie locale, une charge pour les finances des collectivités publiques et une faible attractivité des entreprises du secteur marchand. Sur cette question, il n’y aura pas de solution sans consensus et il n’y aura pas de consensus si notre ambition était un alignement du pouvoir d’achat par le bas. Je pense qu’il est important d’accepter ce débat sans tabou et sur la base de données objectives.
Parallèlement, il me semble nécessaire de développer des partenariats économiques régionaux en incitant à l’exportation de services et de savoir-faire.
Sans négliger les secteurs traditionnels, comme la banane ou la canne, qui sont très importants pour la préservation des équilibres de nos territoires, je pense que l’avantage comparatif de nos économies locales se situera davantage dans des secteurs comme l’ingénierie de la construction et des travaux publics, les communications, l’eau, l’assainissement ou les énergies renouvelables.
Il faut, en particulier, inciter les grandes entreprises nationales et même européennes à davantage utiliser nos territoires français d’Outre-mer comme des « plate-formes logistiques et décisionnelles » pour mieux pénétrer les marchés étrangers environnants.
Dans cette même logique, je suis convaincu qu’il faut faire émerger de façon volontaire, quitte à les aménager, des pôles de compétitivité ultramarins, à l’image du projet réunionnais sur « l’agro-nutrition en milieu tropical » que j’ai accompagné. Cette démarche permettra de concentrer les énergies multiples vers un but commun et de donner confiance à des acteurs économiques qui en ont besoin.
Enfin, lever les obstacles à la création de richesses, c’est aussi structurer le dialogue social dans des territoires qui en ont besoin comme, par exemple, la Guadeloupe ou la Nouvelle Calédonie.
Il faut créer, dans ces territoires, des « facilitateurs », sous la forme d’un binôme employeur/syndicaliste, susceptibles d’intervenir à la demande des parties en conflit.
Il faudrait aussi, à l’instar de ce qui s’est fait en Martinique, favoriser les formations conjointes des partenaires sociaux au droit du travail et leur permettre d’étudier les bonnes pratiques de résolution des conflits à l'étranger.
Ces propositions de Nicolas Sarkozy sont une excellente base de travail pour entamer une véritable révolution entreprenariale à la Martinique car mes propositions, basées sur l'analyse de quelques experts passionnés par le défi martiniquais, trouvent ici un écho qui augure qu'elles seront bien accueillies :
1. Création d'une Zone franche globale pour 10 ans.
2. Création et développement du micro-crédit
3. Investir résolument une économie de marché à haute valeur ajoutée : biologie, biochimie, génétique, informatique et e-marché.
4. Développer des pépinières d'entreprises avec une fiscalité adaptée pour un lancement sur 3 ans.
5. Créer un réseau d'experts capable d'accompagner les porteurs de projet jusqu'à la réalisation et la commercialisation.
6. Labelliser une production bananière de très haute qualité et diversifier la production agricole. Développer la bio-culture et la phytothérapie.
7. Créer une industrie de transformation des produits caribéens vers un marché de luxe à haute valeur ajoutée.
8. Développer le tourisme de loisir de luxe et d'affaire : créer une école hôtelière caribéenne performante, développer des laboratoires de langues et des écoles d'interprétariat, mettre en place une formation universitaire de droit des affaires, finances, banques et assurances caribéennes.
9. Encourager et accompagner le tourisme vert en gîte rural et chez l'habitant.
10. Répartir sur l'ensemble de la Martinique les Zones d'activités porteuses pour un rééquilibrage des micro-régions et des flux humains.