Je suis venu en Martinique pour vous parler de solidarité nationale. Ministre du Travail et des Relations sociales, je suis aussi Ministre de la Famille et de la Solidarité, et à ce titre je voudrais évoquer avec vous le modèle de solidarité que nous voulons mettre en place dans notre pays.
Il repose sur deux piliers : la vérité et la responsabilité.
Vérité parce que nous devons reconnaître aujourd’hui que notre pays connaît un vieillissement de sa population et que nous devons encore améliorer la prise en charge de nos aînés.
C’est particulièrement important en Guadeloupe et en Martinique, qui seront bientôt parmi les départements français où la population est la plus âgée. Ce vieillissement de la population signifie également qu’un nombre croissant de personnes seront touchées par la dépendance ou les maladies liées au grand âge, comme la maladie d’Alzheimer.
Alzheimer, c'est plus qu'une maladie, c'est une épreuve qui touche aujourd'hui 850 000 familles. Passé les grands discours, nous voulons agir rapidement pour la création de places d'hébergement, dans le cadre du plan Alzheimer annoncé par le Président de la République en février dernier.
Le deuxième pilier de notre modèle solidaire, c’est la responsabilité.
Parce que nous sommes la dernière génération qui a la possibilité de faire des choix courageux, pour anticiper l’avenir et prévoir la prise en charge des personnes âgées. Savez-vous qu’aujourd’hui la maladie d’Alzheimer n’est pas prise en charge par la sécurité sociale ? Voilà pourquoi il est urgent de mettre en place un 5e risque dépendance.
Des associations comme l’Office des Missions d’Action Sociale et de Santé ont, en ce domaine, une action exemplaire. Depuis 25 ans, l’OMASS œuvre pour le 3e âge, et je salue son action pionnière en ce domaine.
Vous rejoignez ainsi notre volonté de prendre en charge les personnes âgées, en offrant à chacune la solution la plus adaptée à sa situation et à ses attentes.
J’en veux pour preuve le portage de repas à domicile, qui permet de livrer chaque jour 50 personnes, ou le club qui permet de maintenir le lien social et la joie de vivre de personnes âgées parfois isolées.
Plus largement, l’action de cette association résume bien la variété des solutions qu’il faut aujourd’hui proposer aux personnes âgées : je sais que, parallèlement à cet EHPAD, l’association dispose de 39 places de Services de soin à domicile. Cela va précisément dans le sens de ce que nous voulons mettre en œuvre pour le 5e risque.
Nous voulons proposer à chaque personne âgée, chaque fois que cela est possible, le libre choix entre l’accueil en établissement et la possibilité de rester chez soi.
Mais je voudrais également rappeler que la Martinique connaît une situation particulière : les personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer sont accueillies dans certains établissements mais il n’y a aucune structure spécialement dédiée aux malades d’Alzheimer.
C’est inacceptable au moment où, au niveau national, nous mettons en place le plan Alzheimer que le Président de la République a annoncé en février dernier. C’est pourquoi je peux vous annoncer que l’Etat soutiendra le projet de création d’une unité Alzheimer dans cet établissement. Plus largement, je sais qu’en Martinique, les attentes sont grandes en matière de prise en charge des personnes âgées, car l’offre de places reste tout à fait insuffisante, dans tous les domaines.
Ainsi, l’offre d’accueil en EHPAD est de 1380 places, ce qui représente un taux d’équipement très inférieur à la moyenne nationale, avec 75,3 pour 1000 personnes + 75 ans, contre 114/1000 au niveau national.
De plus, il n’existe à ce jour aucune place d’accueil de jour ou d’hébergement temporaire. Et les services infirmiers, qu’il s’agisse des SSIAD ou des infirmiers libéraux, sont certes plus développés qu’ailleurs, mais ils ne peuvent suffire à compenser ces manques.
J’ai constaté cette situation sur le terrain, j’ai également entendu les attentes de la population, et je souhaite y répondre.
Ce département a besoin d’un plan de rattrapage, et je suis prêt à débloquer des fonds pour que les Antilles soient une zone prioritaire de l’action de l’Etat. Je vous annonce donc que je souhaite ici lancer un plan de rénovation de l’offre médico-sociale.
Il concernera tout le secteur financé par l’Etat. Aujourd’hui, je suis venu visiter une maison de retraite et je ne vais donc évoquer que le versant personnes âgées de ce plan, mais il s’adressera aussi aux personnes handicapées. La Secrétaire d’Etat à la Solidarité, Valérie LETARD viendra prochainement vous le présenter en détail.
D’ores et déjà, je peux m’engager à ce que d’ici 2012, 200 places par an soient crées pour accueillir des personnes âgées en EHPAD, et notamment pour accueillir des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer.
Je voudrais ensuite insister sur le fait que cet engagement n’est pas seulement financier. Pour que les places financées soient concrètement ouvertes, et rapidement, il faut résoudre certains blocages. Trop souvent, les entrepreneurs potentiels reculent devant l’importance de l’investissement et les procédures administratives trop lourdes.
Je souhaite donc qu’en Martinique, la création de places s’accompagne d’une aide à l’investissement, et que les porteurs de projet bénéficient d’un soutien administratif et financier, pour lequel la CNSA débloquera 3 millions d’euros sur 5 ans.
Au-delà de l’aide à l’investissement, je m’engage à simplifier les procédures pour la création de structures. Il faut que l’Etat appelle les projets et les accompagne, avec les autorités territoriales, pour qu’on ne voit plus, comme maintenant, des projets qui mettent 3 ans, 6 ans parfois même, avant d’aboutir.
Cet objectif sera l’un des axes de la réflexion sur la mise en place du 5e risque que nous menons actuellement avec la Secrétaire d’Etat à la Solidarité, Valérie LETARD.
Enfin, pour que ces places soient effectivement accessibles à ceux qui en ont besoin, je souhaite que nous puissions diminuer le reste à charge pour les personnes accueillies en établissement et leurs familles.
Qui peut aujourd’hui se permettre de payer 2000 euros par mois de reste à charge pour l’un de ses parents, et parfois pour chacun des deux ?
Si nous voulons que chacun ait le libre choix de rester à domicile ou d’être accueilli en établissement, voilà le genre de question que nous devons résoudre sans attendre.
Ce projet de rénovation de l’offre médico-sociale a des implications profondes pour l’ensemble de la société, parce qu’il faut aujourd’hui penser ensemble toutes les générations, dans une dynamique solidaire.
Pour répondre aux besoins des personnes âgées, il faut créer des postes et recruter du personnel : c’est pourquoi avec Valérie LETARD nous avons mis en œuvre un plan des métiers.
Créer des postes, cela permet d’offrir aux personnes âgées une meilleure qualité de soin, mais cela permet également de développer l’emploi des jeunes.
En Martinique, je peux déjà vous annoncer que l’Etat participera à la dotation du fond de roulement de l’IFMES. Sur ce sujet, nous travaillerons avec le conseil régional pour fixer le montant de cette dotation.
Soyez assurés que je suivrai de près ce grand chantier qui nous attend. Je reviendrai dès l’an prochain constater avec vous sur le terrain les progrès de sa mise en œuvre.